Catégorie : Mouvements artistiques

  • Expressionnisme

    Expressionnisme

    Europe, 1890-1925

    Le terme apparaît dans la littérature d’art au début du XXe siècle et sert à démarquer en Allemagne la peinture novatrice de l’impressionnisme défendu par la Sécession de Berlin depuis 1898. Utilisé dans un sens purement stylistique, et s’accompagnant de références à un chromatisme intense, à une touche marquée et à un espace désarticulé, le terme est alors synonyme d’Art Moderne. Plutôt que d’un style unique, il s’agit d’un climat qui ne touche pas seulement les beaux-arts, mais aussi la danse, le cinéma, la littérature et le théâtre. On peut suivre l’évolution de ce climat depuis la fondation de Die Brücke à Dresde en 1905, jusqu’à celle du Novembergruppe après la défaite de l’Allemagne en 1918. Pour la génération d’avant-guerre, l’oeuvre d’art devient un support sur lequel l’artiste extériorise son inquiétude intérieure face aux tensions morales et politiques engendrées par une société où il se sent déraciné. L’oeuvre se veut provocatrice face à un milieu de l’art embourgeoisé se berçant d’illusions dans sa quête des valeurs sûres. Le retour en force d’une technique graphique presque oubliée, la gravure sur bois, est à cet égard l’indice d’une volonté de renouveau des valeurs esthétiques. Il en va de même de l’intérêt que portent les artistes à toutes les formes de néo-primitivisme. Face à la montée de l’industrialisation, les uns traduisent leur attachement au sol natal et à la nature (Nolde, Rohlfs). D’autres cherchent à secouer, par leur vie communautaire et leur peinture, les valeurs morales bourgeoises de l’Empire (Die Brücke). D’autres enfin souhaitent que leur peinture trace la voie d’un véritable renouveau spirituel (Der Blaue Reiter). Dresde, Munich et surtout Berlin sont les grands centres d’activités de ces courants d’avant-garde, activement soutenus par des revues telles que Der Sturm et Die Aktion.

    Emil Nolde, Otto Mueller, Ernst Ludwig Kirchner, Max Pechstein, Erich Heckel, Karl Schmidt-Rottluff, Alexeï Von Jawlensky, Wassily Kandinsky, Gabriele Münter, Franz Marc, August Macke, Oskar Kokoschka, Egon Schiele, Chaim Soutine, Emil Filla, Béla Czobel.
    *Scène de rue à Berlin (détail), Ernst Ludwig Kirchner, 1913

  • Fauvisme

    Fauvisme

    France, 1903-1908

    Au Salon des Indépendants de 1905, dans la salle où exposent Matisse, Marquet, Manguin, Camoin, Puy, Derain, Vlaminck, Friesz, Dufy et Van Dongen, le critique Camille Mauclair s’exclame : « On a jeté un pot de couleurs à la figure du public ». Fondé en effet sur l’exaltation provocante de la couleur pure, le fauvisme n’est pas un mouvement à théorie et manifestes : c’est la conjonction très brève d’individus venus d’horizons différents qui pour un moment découvrent, presque par hasard, leur volonté commune d’en finir avec l’art officiel et les séquelles de l’impressionnisme. Autour de Matisse, l’animateur, se rejoignent trois groupes : l’un qui provient, comme Matisse lui-même, de l’atelier de Gustave Moreau (Marquet, Manguin, Camoin, Puy), un autre composé de Derain et Vlaminck et le troisième, dernier venu, celui des Havrais, Friesz, Braque, Dufy. Tous vouent une grande admiration à Van Gogh et à Gauguin.
    La construction de l’espace par le seul effet de la couleur, les aplats sans modelé ni clair-obscur, la simplification du dessin en larges cernes sombres, l’utilisation des tons – où dominent le rouge et le vert – sans référence illusionniste, tel est leur langage complètement nouveau, dont le retentissement s’étend bien au-delà de Paris, jusqu’à la Brücke et à Kandinsky.

    Georges Braque, André Derain, Raoul Dufy, Henri Matisse, Maurice De Vlaminck.
    *L’Estaque, route tournante (détail), André Derain, 1906

  • Figuration Libre

    Figuration Libre

    France, 1981

    Ce nom de Figuration Libre est donné par Ben (Benjamin Vautier, Fluxus) au travail de jeunes peintres français réunis à l’occasion de l’exposition de groupe « Finir en beauté » (1981). Ces artistes s’intéressent au rôle de l’objet, l’objet pour donner du sens, et évoquer la culture mass-médias, au travers une peinture figurative spontanée, brute, très colorée, inspirée de la BD, du Rock. Les artistes américains graffitistes sont à rapprocher de ce groupe.

    Jean-Charles Blais, Rémi Blanchard, François Boisrond, Hervé & Richard Di Rosa.
    *Black Heroes (détail), Hervé Di Rosa

  • Fluxus

    Fluxus

    1961

    À l’ A.G. Gallery de NY, George Marciunas, le fondateur de la revue Fluxus propose en suivant le principe Dada : « tout est art » de « promouvoir la réalité du non-art pour qu’elle soit saisie par tout le monde ».
    L’originalité de Fluxus commence au premier concert Fluxus à Wiesbaden en septembre 1962 au Städtische Museum par le renvoi des cinq violonistes virtuoses venus spécialement de Vienne… aucun d’eux n’avait touché de violon de leur vie. Ils ont composé sur le champ trois heures de musique anti-violon. De retour à NY, Maciunas continue d’animer pendant les années soixante ce mouvement aux productions diverses : happenings, publications, concerts, films, … En raison même de la difficulté à saisir Fluxus dans sa réalité, il serait plus juste de parler d’esprit Fluxus plutôt que de mouvement.

    Ben, Joseph Beuys, George Brecht, John Cage, Robert Filliou, La Monte Young, Yoko Ono, Nam June Paik, Wolf Vostell.
    *Ben Vautier enveloppé dans une ficelle, mai 1964, New York

  • Futurisme

    Futurisme

    Italie, 1909-1915

    C’est en janvier 1909 que le poète Marinetti lance le Manifeste de Fondation du futurisme en proclamant le rejet du passé et l’avènement d’une esthétique nouvelle qui convienne au monde de la vitesse, des machines et à la ville moderne. Adressé depuis Milan à la presse internationale, le manifeste est publié le mois suivant dans Le Figaro, à Paris.L’esprit de l’avant-garde, nourri par l’exaltation du progrès, la connexion de l’art avec la vie, la prospection des nouvelles réalités du monde moderne, vient ainsi de naître. D’abord constitué par le cénacle de poètes que Marinetti avait réuni autour de sa revue Poesia, le groupe futuriste reçoit dès 1910 l’adhésion du musicien Pratella et des peintres Russolo, Carrà, Boccioni, Balla, Severini, Romani, Bonzagni, suivis peu après par le photographe Anton Giulio Bragaglia, l’architecte Sant’Elia, le cinéaste Ginna, etc., jusqu’à devenir un mouvement pluridisciplinaire, capable d’apporter sa volonté de renouveau dans pratiquement tous les secteurs de la création artistique. S’alignant sur les principes vitalistes de l’énergie et de la mutation continue, défendus par Marinetti, les peintres futuristes lancent d’abord la poétique du dynamisme plastique en concevant la fluidification de la forme et le mouvement du corps dans l’espace à partir du divisionnisme. Ensuite, ayant découvert en octobre 1911 les recherches de Braque et de Picasso, ils s’appliquent à intégrer les moyens du cubisme dans leurs toiles sans pour autant renoncer à leurs idées.
    La guerre, qui provoque la mort de Boccioni et de Sant’Elia ainsi que l’invalidité de Russolo pendant de longues années, marque un temps d’arrêt mais détermine aussi le renouvellement du futurisme à l’enseigne d’une nouvelle poétique : l’art mécanique. Les artistes de la deuxième génération, dont Pozzo, Tato, Dottori, Bot, Dalmonte, Carmelich, Azari, Paladini, Pannaggi, Farfa, Marasco, Fillia, Diulgheroff, produisent une oeuvre multiple qui constitue la seule alternative au retour à l’ordre proclamé à la même époque par le Novecento. L’Italie est alors sous la dictature de Mussolini. La compromission de Marinetti et d’une partie de ses artistes avec le fascisme n’empêche pas les dignitaires et les préposés à la culture du nouveau régime politique d’attaquer souvent les oeuvres et les manifestations futuristes en les accusant de pervertir la jeunesse italienne. Face aux campagnes de presse sur l’ « art dégénéré » Marinetti ne renonce pas à poursuivre son action en faveur de l’avant-garde en réussissant à préserver jusqu’au bout l’unité de son mouvement. La fin du futurisme correspond en effet à la mort, en 1944, de son fondateur.

    Giacomo Balla, Umberto Boccioni, Carlo Carra, Luigi Russolo, Gino Severini, Ardengo Soffici.
    *Train rapide (détail), Ivo Panneggi, 1922

  • Graffiti

    Graffiti

    USA, 1970

    Phénomène américain des années 1970 ou plus exactement new-yorkais, par ses nombreux tags (pseudonymes bombés à la hâte sur les quais de métro ou sur les trains, sur les murs, les palissades… ) laisse sa trace dans un espace urbain anonyme et inhumain, manifeste la volonté de s’approprier la cité dans un mouvement de révolte.

    Jean-Michel Basquiat, Speedy Graphito, Keith Haring, Kenny Sharf, Rhonda Zwillinger.
    *Fresque murale de Kenny Sharf, Houston/ Bowery, NY

    Samo©
    Graffiti de Jean-Michel Basquiat

  • Gutaï

    Gutaï

    Japon, 1955-72

    Gu : instrument, Taï : outil, son adverbe Gutaïteki : concret, incarnation.
    Jiro Yoshihara, fondateur du mouvement : « Je suis un maître qui n’a rien à vous apprendre, mais je vais créer un climat optimum pour la création. »
    Jiro Yoshida, Kazuo Shiraga, Sadamasa Motonaga et Akira Kanayama utilisent le geste, rappel de la spontanéité de l’écriture. Yoshihara utilise des calligraphies réduites à un seul trait. La toile posée au sol, Shiraga s’élance dans le vide, tenu par une corde, il projette de la peinture et se sert de ses pieds comme spatule ou pinceau. Kanayama invente un jouet téléguidé qui, rempli de couleur, trace un réseau de lignes. Shimamoto lacère le tableau, et utilise un canon qui projette de la couleur. Yoshida Toshio utilise le feu pour provoquer la surface picturale et obtenir un motif. Tanaka Atsuko développe le sens de l’ouïe (installation de sonnettes), de la vue (ampoules qui clignotent) et du toucher (costume orné d’ampoules). Murakami place à l’entrée d’une exposition des écrans de papier qui seront déchirés, dès le vernissage, par le passage du premier visiteur… Toutes ces pratiques montrent la diversité des modes de création.

    *Passing Through, Saburo Murakami, 1956

  • Happening

    Happening

    USA, 1950

    Depuis le début du XXe siècle, les artistes revendiquent un rôle agissant dans la société et tendent vers une relation plus directe et plus physique avec le public. Le Happening apparaît dans ce contexte comme un élément logique d’une recherche de communication entre l’art et la vie : un art total.
    Allan Kaprow à propos de l’Happening : « (…) un assemblage d’événements joués ou perçus en plusieurs temps et lieux. (…), Ses activités peuvent être inventées ou tout à fait ordinaires. (…) Le Happening se déroule selon un plan, mais sans répétition ni public. C’est de l’art, mais qui paraît plus proche de la vie. »

    George Brecht, John Cage, Merce Cunningham, Al Hansen, Allan Kaprow.
    *Bjørn Nørgaard and Lene Adler Petersen. Photographie du happening « The Expulsion from the Temple / Female Christ », Copenhague, 29 mai 1969. Photographe : John Davidsen

    Joseph Beuys, I like America... , 1974
    Happening à galerie René Block, I like America and America likes me, Joseph Beuys, N.Y. , mai 1974.

  • Hard Edge

    Hard Edge

    USA, 1959

    Ce terme est inventé par le critique américain Jules Langsner pour décrire une technique de peinture utilisée en premier par Ellsworth Kelly : les couleurs se juxtaposent et occupent toute la surface de la toile, les contours géométriques des formes abstraites ne sont ni dessinés, ni cernés.

    Al Held, Ellsworth Kelly, Franck Stella.
    *Dark Blue Curve, Ellsworth Kelly, 1955