Catégorie : Mouvements artistiques

  • Lexique

    Lexique

    ACADÉMIQUE : Qui se réfère à l’enseignement des Académies d’art. Mais, en raison du rigorisme scolastique de ces Académies au XIXe siècle qui, pour défendre les valeurs et les conventions établies sur l’art classique, s’opposèrent à toute nouveauté esthétique ou idéologique, ce terme a pris une connotation résolument péjorative.

    ACCUMULATION : Action de réunir, d’entasser, d’accumuler. Terme qui est en fait utilisé génériquement et appliqué à certaines œuvres d’Arman, où il s’approprie le réel de l’objet pour en dégager une poétique autre à partir d’un effet de saturation. (cf. Nouveau Réalisme)

    ACTION : Terme utilisé à la fin des années 60 pour certaines manifestations dérivant surtout de Dada comme de l’Action Painting, où l’accent était déjà mis non plus sur l’image inscrite sur la toile, mais sur l’action même, le geste de l’artiste et son implication physique. Acte à caractère quasi rituel accompli en public, envisagé souvent comme un moyen de choquer, de dénoncer l’humiliation de la condition humaine ou de faire une protestation à caractère politique. (cf. Action Painting, Body Art, Fluxus, Happening, Performance)

    AFFICHISTE : De dessinateur publicitaire spécialisé dans la création d’affiches, portées par certains au rang d’œuvres d’art – Chéret, Mucha, Cappielo… au XIXe siècle, ce terme s’applique à certains artistes du Nouveau Réalisme des années 60, qui récupéraient des affiches au message dénaturé par les intempéries, les collages anarchiques et les lacérations des vandales, trouvant le matériau d’une nouvelle poétique au répertoire infini, celui d’une archéologie urbaine moderne. (cf. Nouveau Réalisme)

    ALL OVER : Terme anglo-saxon désignant la répartition égale des éléments d’une composition sur toute la surface d’un tableau, sans que soit privilégiée aucune partie de cette surface. C’est pour les œuvres de Jackson Pollock des années 40 que ce terme a été créé. Procédé qui marque la fin de la géographie du tableau : l’œil ne peut dorénavant s’arrêter sur un point précis de la composition. C’est aussi la levée du diktat du format du tableau qui désormais peut prendre n’importe quelle dimension. (cf. Abstract Expressionism, Action Painting, Dripping)

    ALTERNATIF : Se dit d’un lieu ou d’une structure, en général de type associatif, situés en marge des circuits officiels et qui présente, avec souvent un côté underground, des artistes et des événements d’avant-garde très variés : installations vidéo, happenings, concerts, performances, danse contemporaine, théâtre…

    ANTIFORME : Tendance des années 60-70 nommée et définie par l’artiste américain Robert Morris dans un texte théorique publié dans la revue Artforum en avril 1968 : « … Les considérations de pesanteur deviennent aussi importantes que les considérations d’espace… Les formes ne sont pas prévues d’avance… Le hasard est accepté et l’indétermination prise en compte, puisqu’une nouvelle mise en place entraînera une autre configuration. Le rejet des formes durables et d’un ordre préconçu pour les choses est un facteur positif. Cela fait partie du refus de continuer à esthétiser la forme d’une œuvre en concevant cette forme comme une fin prescrite ». Tendance qui avait des liens sous-jacents avec une certaine tradition picturale américaine (Pollock, Louis…), mais qui s’est établie en réaction à l’art minimal et sériel considérés comme trop déterminés, rigides, rationnels ou répétitifs. (cf. Arte Povera, Land Art, Process Art, Soft Sculpture)

    ASSEMBLAGE : Réunion de matériaux ou d’objets divers associés en des rencontres souvent insolites. Processus que l’on pourrait rapprocher de la technique du collage, mais d’un collage en trois dimensions. Il peut être soit l’introduction d’un objet dans un contexte pictural ou autre, soit la reconstitution d’un objet à partir d’éléments disparates. (Combine Painting, Funk Art, Installation, Junk Sculpture, Nouvelle sculpture anglaise, Pop Art)

    ATTITUDE : Ce terme a pris dans le domaine de l’art une connotation moderniste et morale depuis le début du siècle, surtout avec Duchamp et le Dadaïsme, où l’art est devenu progressivement, puis exclusivement, dans les années 60-70 – on parlait alors d’un art du comportement, un art de l’attitude, en se déplaçant de l’objet réalisé par l’artiste à l’artiste devenu lui-même objet ou sujet de son travail. L’artiste dans son comportement face à l’art, au monde, dans sa vie quotidienne, son histoire, ses angoisses, sa « mythologie individuelle ». (Action, Body Art, Fluxus, Happening, Performance)

    AVANT-GARDE : Signifie « qui marche en avant des troupes » (Petit Robert), Concept né à la fin du XIXe siècle, où l’histoire en train de se faire était lue à travers des ruptures successives provoquées par une recherche de nouveautés radicales que sous-tendaient l’absence comme le refus de toute filiation à chacun des gestes avancés.

    BAROQUE : (du portugais : barocco, perle irrégulière). Du terme appliqué à l’architecture et à la peinture du XVIe au XVIIIe siècle pour un style né en Italie et caractérisé par la liberté des formes, la quête de l’irrégularité et la profusion de l’ornementation, le mot baroque a surtout gardé la notion de luxuriance, de surabondance, de convocation et de juxtaposition de styles différents.

    BIENNALE : Exposition dont les artistes sont en général sélectionnés par un comité international et qui, comme son nom l’indique, a lieu tous les deux ans.

    BLOW-UP : Terme anglo-saxon pour « agrandissement photographique », faisant surtout référence aux premiers travaux de Joseph Kosuth, artiste conceptuel des années 60. (cf. Art conceptuel, Mec Art)

    CITATION : Action de citer, de faire référence, de réutiliser des fragments d’histoire dans une intention didactique ou esthétique. (cf. Postmodernisme)

    COMBINE PAINTING : Collage d’objets trouvés (de l’environnement urbain et quotidien) sur un fond pictural. Terme utilisé dès 1952 par l’américain Robert Rauschenberg, l’un des précurseurs du Pop Art. « Une paire de chaussettes ne convient pas moins à un tableau que du bois, des clous, de la térébenthine, de l’huile ou du tissu. » (cf. Néo-dadaïsm)

    COMICS : Bande dessinée américaine marquée souvent par un côté subversif et underground que n’ont pas les BD, des autres pays. (cf. Figuration libre, Funk Art, Graffiti)

    COMPRESSION : Action d’exercer une pression sur un objet pour en diminuer le volume. Terme qui d’emblée fait référence au travail qui a rendu célèbre le sculpteur César, fasciné, notamment dans ses compressions de voiture, par le raccourci en un seul geste de la presse mécanique des milliers de gestes industriels investis dans leur construction et emplis d’une histoire rendue anonyme. (cf. Expansion, Junk Sculpture, Nouveau Réalisme)

    CONCEPTUEL : Ce terme générique d’un mouvement historique du même nom, né en Amérique à la fin des années 60, est par extension abusive parfois appliquée à tout artiste dont le travail, autre qu’une investigation formelle, est une proposition analytique en soi, portant sur les fondements de l’art, la validité et le statut de l’objet comme de l’image dans l’art.

    DÉMARCHE : Terme très utilisé dans le jargon artistique. Loin d’être exclusivement la manière de progresser vers un but, c’est-à- dire le processus, il recouvre aussi, par extension, l’origine des articulations qui composent la proposition artistique, ainsi que le champ d’action, le territoire envisagé.

    DOCUMENTA : Exposition internationale d’art contemporain qui a lieu tous les quatre ans à Kassel, Allemagne.

    DRIPPING : Technique picturale engagée pour la première fois dans les années 40 par l’américain Jackson Pollock. Conjugaison de l’influence du Surréalisme et de l’écriture automatique Masson, plus particulièrement avec celle des dessins des Indiens d’Amérique du Nord dans une volonté de rendre illimitée l’énergie déployée sans contrainte de figuration ou de format, de dématérialiser l’inscription figurale par l’inscription purement énergétique de la couleur. Pollock va renverser le support, l’horizontaliser en peignant au sol, sans châssis, mettre son corps à l’échelle de la surface à inscrire, et pénétrer la toile. Abandonnant le pinceau, il crée un nouveau moyen pour figurer l’énergie première, la libération totale des forces intérieures : des bidons de couleurs percés qu’il promène au-dessus d’une toile ou d’un panneau, d’où le terme de dripping (de to drip : égoutter). (cf. Abstract Expressionism, Action Painting)

    EARTH WORK : (Partie du Land Art ). Volonté d’élargir le champ d’écriture artistique en quittant l’atelier et le circuit traditionnel de monstration des œuvres, pour travailler directement sur et dans le paysage et sur le sol même. Art souvent monumental et réalisé parfois avec des équipements de terrassement. Robert Smithson a développé en ce domaine la notion de « site et non-site », notion qui eut une influence certaine sur la sculpture In Situ. Les œuvres, éphémères pour la plupart (détruites par le temps ou par l’artiste), ont en général été montrées sous forme de traces (photo, vidéo, texte, maquette, matériaux prélevés sur le site de l’intervention), documents considérés eux-mêmes comme œuvres et finalement présentés dans le circuit traditionnel (galerie- musée). (cf. In Situ, Land Art)

    ENVIRONNEMENT : Terme utilisé depuis la fin des années 50 pour des œuvres en trois dimensions dans lesquelles le spectateur peut être invité à entrer. (cf. In Situ, Installation, Land Art)

    EVENT : Symptomatiques des années 60-70, les Events, contrairement aux happenings et à tout ce qu’ils comportent de spectacle et d’expressionnisme, sont des actions très brèves, des gestes anodins ou imperceptibles puisés dans le quotidien le plus simple. Très lié à l’activité du mouvement Fluxus et à l’Art conceptuel, George Brecht en 1969 envoyait des bristols avec l’invitation à un « Event ». De même, On Kawara lançait des cartes postales à travers le monde avec ces simples mots : « Je suis encore vivant ». (cf. Action, Fluxus, Mail Art)

    EXPANSION : Dilatation, développement d’un corps en volume et en surface. Terme qui fait directement référence à une autre partie de l’œuvre de César, qui découvre en 67 les propriétés d’expansion du polyuréthane ; matière qui se répand en une « forme organique » avant de se figer définitivement. (cf. Compression, Nouveau Réalisme)

    IN SITU : Œuvre réalisée sur place en fonction de l’espace qui lui est imparti, afin qu’il y ait interaction de l’œuvre sur le milieu et du milieu sur l’œuvre. (cf. Art minimal, Earth Work, Environnement, Installation, Land Art)

    INSTALLATION : D’abord liée au ballet, au théâtre ou aux concerts des avant-gardes historiques, l’installation devient l’environnement-cadre des actions, Happenings et Performances, intégrant dans des dispositifs de plus en plus sophistiqués les recherches des nouvelles technologies : installations dites vidéo, sonores, multimédias faites in situ ou non, et en rapport ou pas avec la nature. Aujourd’hui l’installation est le lieu de réflexion sur le « cadre » où l’art se manifeste, lieu des implications formelles symboliques et idéologiques que cet espace joue dans la réception de l’œuvre, interrogeant ainsi les codes qui conditionnent les relations art et spectateur. L’installation, croisement de peinture, sculpture, architecture, et audiovisuel, est un art éphémère qui porte en lui la pensée de sa propre destruction ou de sa fin, soit par l’artiste lui-même, soit par les forces naturelles qui entrent en jeu. (cf. In Situ)

    JUNK SCULPTURE : Tendance artistique à l’intérieur de la junk culture ou esthétique du déchet, qui se caractérise par l’emploi et le recyclage des restes de l’environnement urbain, et qui se développa principalement dans les sociétés technologiquement avancées. (cf. Assemblage, Nouvelle Sculpture anglaise, Nouveau Réalisme)

    KITSCH ou KITCH : Synonyme de baroque, de provocant et de mauvais goût. Se dit d’un style ou d’une attitude esthétique caractérisée par l’usage, détourné ou non, d’éléments démodés ou populaires issus de la société industrielle de consommation et considérés comme de mauvais goûts.

    MATIÉRISME : Les recherches « matériologiques » concernent initialement les expériences de quatre artistes se situant dans l’art informel qui s’est développé en Europe entre 1945 et 1960 : Alberto Burri, Jean Dubuffet, Jean Fautrier, Antoni Tàpies. (cf. Art Informel)

    MOBILE : Œuvre cinétique tridimensionnelle animée d’un mouvement imprévisible. (cf. Art Cinétique, Stabile)

    MONOCHROME : Se dit aujourd’hui, par extension, d’une peinture ou de tout autre médium n’utilisant qu’une seule couleur, que la démarche soit conceptuelle, formaliste ou autre. Degré zéro de l’écriture picturale.

    MULTI MÉDIA (MIXED MEDIA) : Se dit d’un artiste qui utilise plusieurs médias et plus particulièrement des techniques contemporaines de reproduction (photo, vidéo, infographie…). (cf. Installation)

    NUMÉRIQUE : Comme son nom l’indique, c’est le nombre. Avec l’ordinateur, l’image, dite de synthèse, est une image numérique, c’est-à-dire que l’image devient codifiée, mise en nombre comme toutes les informations entrées sur ordinateur. (cf. Computer Art, Image de synthèse)

    PÉNÉTRABLE : Se rapporte à certaines œuvres de l’artiste cinétique Jesus Rafaël Soto, qui a développé ses recherches sur les vibrations, entamées dès 65 à partir de tiges suspendues devant un fond chromatique qui bougeait selon le mouvement du spectateur. Dès 69, J.R. Soto met dorénavant en place des structures pénétrables, constituées de lanières tombant du plafond que le spectateur est obligé de traverser, de pénétrer, en raison de l’endroit où elles sont installées. (cf. Art Cinétique)

    PIXEL : Mot anglo-américain créé en 1980. Contraction de « picture element », Élément de base en général un carré à partir duquel, par juxtaposition, se constitue l’image numérique sur ordinateur. C’est le point-image ; le point de départ de l’image infographique. (cf. Computer Art, Image de synthèse)

    POP : Diminutif de « popular ». Correspond en fait à un comportement général de liberté de toute une génération dans les années 60 face à la société. (cf. Pop Art)

    POSTMODERNISME : Le Postmodernisme, phénomène de la fin des années 70 et symptomatique des années 80, est un comportement, général à tous les domaines artistiques, de relecture de l’histoire et de l’écriture artistique. Gigantesque remise en cause de la notion héroïque de l’histoire linéaire des avant-gardes et, notamment, de la notion de nouveauté radicale. (cf. Citation)

    PROCESS ART : Terme utilisé pour une catégorie d’œuvres des années 60-70 qui, à partir des matériaux les plus divers : charbon, graisse, acier, feutre, herbe, lait… qui ont mis en avant le processus de réalisation et ses évolutions possibles dans le temps.

    READY MADE : Terme qui fait directement référence à Marcel Duchamp, mais dont l’application massive a été souvent malencontreusement réduite à l’appropriation d’un objet de la société de consommation, d’un objet standard porté à la dignité d’œuvre d’art par le simple choix de l’artiste. Geste dada historique relevant en fait de la volonté de casser le mythe du créateur, de l’artiste démiurge, tout en étant une remise en cause du sens et de l’objet de l art, sans être pour autant une manifestation d’anti-art.

    SOFT SCULPTURE : Sculpture molle faite de matériaux souples. Ce terme fut employé autour de certains travaux de Claes Oldenburg qui, dès 1960, dépossède les objets quotidiens de leur solidité en réalisant d’énormes sculptures en toile, vinyle, latex, mousse, caoutchouc, réussissant un effet d’abstraction que questionne la relation entre l’art et le réel. (cf. Anti-Forme, Art féministe, Pattern Painting)

    STABILE : Mot inventé en 1932 par le sculpteur américain Jean ou Hans Arp pour certaines œuvres de l’artiste américain Alexander Calder, qui, à la différence des mobiles, s’affirment par leur masse ancrée dans le sol et leur immobilité. A. Calder associera parfois stabiles et mobiles. (cf. Mobile)

    UNDERGROUND : Mot anglo-américain signifiant souterrain. Selon le Grand Robert, « ensemble de mouvements artistiques expérimentaux et semi-clandestins, voulant intégrer toutes les formes d’expression, indépendamment des mouvements culturels dominants et en marge – des circuits traditionnels de diffusion commerciale ». (cf. Avant-garde)

  • Action Painting

    Action Painting

    USA, 1951

    Technique ou mouvement ? Ce terme est utilisé par le critique H. Rosenberg pour définir le travail de certains expressionnistes abstraits. Dans cette peinture gestuelle, la toile devient une « arène où agir » ; les artistes réalisent des oeuvres abstraites en projetant divers matériaux et seule importe la révélation contenue dans l’acte.

    Gutaï, Jackson Pollock, Georges Mathieu.
    *Jackson Pollock au travail

  • Armory Show

    Armory Show

    États-Unis, N.Y. ,1913

    L’Armory Show (International Exhibition of Modern Art) se tint à New York dans la caserne du 69e régiment d’infanterie située à l’angle de Lexington Avenue et de la 25e rue, du 17 février au 15 mars 1913. Elle accueillit trois cent mille visiteurs et déclencha l’un des plus beaux scandales de l’histoire de l’art.
    L’idée d’une exposition d’art moderne était née dans l’esprit de quelques artistes indépendants à la suite de ce qu’ils ont pu voir dans la galerie d’Alfred Stieglitz, qui a été le premier à exposer des oeuvres de Picasso et de Matisse à New York. L’art de l’avant-garde européenne était pratiquement inconnu aux États-Unis. Walt Kuhn et Arthur B. Davies, aidés par le célèbre marchand de tableaux Ambroise Vollard et par Walter Pach, seront les deux initiateurs de l’Armory Show. Bien que parmi les mille six cents oeuvres exposées un tiers seulement soient européennes, ce sont ces dernières qui retiennent surtout l’attention du public et de la critique dans la mesure où elles sont plus novatrices, révolutionnaires. « J’avais l’idée totalement démodée que les portraits devaient représenter leur modèle, les marines la mer et les paysages la nature », ironise Julian Street dans Evervbody’s Magazine. Et ce même critique, devant Nu descendant un escalier (1912) de Marcel Duchamp, la toile la plus en vue de l’exposition, fait observer qu’il crut identifier « une explosion dans une fabrique de tuiles ». L’ancien président Theodore Roosevelt, venu à titre privé, s’est exclamé, péremptoire : « Ce n’est pas de l’art ! » Quant à la peinture de Matisse, elle est généralement jugée « indécente » ou « épileptique » par ceux qui ne comprennent pas que l’artiste ne vise nullement à ridiculiser la figure humaine, mais cherche avant tout à l’exprimer par la couleur.
    Toutefois, ces diverses réactions n’en marquent que mieux la totale nouveauté de ce qui est exposé à l’Armory Show. Matisse, bien sûr, mais également les cubistes et les futuristes auxquels est consacrée une salle commune, dénommée par certains « chambre des horreurs ». Les uns et les autres livrent un gigantesque combat avec l’objet : leurs toiles ne sont plus que guitares et violons brisés, constructions prismatiques, déchirure du tissu spatial traditionnel avec la volonté de rendre visible aussi bien la vitesse que la quatrième dimension. Autre événement considérable : les quarante tableaux et dessins d’Odilon Redon qui, bien que Français, est peu et mal connu en France.
    Après New York, l’Armory Show ira à Boston et à Chicago où elle devrait attirer les mêmes critiques (des étudiants en art ont brûlé en effigie des créations de Brancusi et de Matisse) et susciter les mêmes engouements.
    Cette manifestation aura des retombées incalculables sur l’art américain et sur les grandes collections d’art moderne constituées aux États-Unis.

  • Art Brut

    Art Brut

    1947

    Ni groupe ni mouvement, l’Art Brut est une notion créée par Jean Dubuffet pour désigner et valoriser les oeuvres, les productions de toute espèce présentant un caractère spontané et fortement inventif et ayant pour auteurs des personnes étrangères aux institutions culturelles et aux milieux artistiques : autodidactes, malades mentaux, « singuliers de l’art ».

    Gaston Chaissac.

    *Sans titre, André Robillard, 1980, assemblage, Collection de l’Art Brut Lausanne
    André Robillard a grandi près d’Orléans, en France. Son père exerce la profession de garde forestier et la famille demeure dans une maison mise à leur disposition par l’administration locale. A l’âge de dix-neuf ans, André Robillard est interné pour troubles mentaux à l’hôpital de Fleury-les-Aubrais, près d’Orléans. Il est employé au sein de l’établissement à diverses besognes et travaille à temps partiel comme responsable de la station d’épuration. Cet emploi lui permet de bénéficier d’une certaine autonomie : il demeure dans un espace de cent cinquante mètres carrés, situé à l’une des extrémités de l’institution.
    C’est là que sont entreposés les fusils, engins spatiaux et spoutniks qu’il confectionne depuis 1964 à partir d’objets récupérés à la décharge publique, notamment des boîtes de conserve, des ampoules usagées, des pièces de bois, des tuyaux en plastique et des barres de métal. Il les assemble à l’aide de scotch et de fil de fer. En 1989, il emménage dans un appartement où il poursuit sa production sans discontinuité.

  • Art Cinétique

    Art Cinétique

    1950

    Kinésis : phénomène concernant le mouvement en physique et chimie. Ce courant artistique se traduit par une recherche et un travail sur le mouvement et l’ambivalence de sa perception.

    Agam, Pol Bury, François Morellet, Op Art, Victor Vasarely.
    * Œuvre cinétique, Naum Gabo et Anton Pevsner, 1920

    http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-cinetique/ENS-cinetique.html

  • Art Conceptuel

    Art Conceptuel

    USA, 1965

    L’oeuvre ne peut pas exister comme une chose résolument matérielle ; les mots qui la désignent, l’idée ou le concept sont l’aspect le plus important du travail, la réalisation n’est qu’une formalité. Sur les traces de Marcel Duchamp et de ses ready-made, les artistes délaissent a priori la production d’un objet d’art pour s’intéresser au pourquoi de l’art. Ils proposent un questionnement sur le langage, sur la signification de l’acte artistique.

    Art & Language, On Kawara, Joseph Kosuth, Sol LeWitt, Bernar Venet, Lawrence Seiner.
    *Nothing, Joseph Kosuth, 1968

  • Art Concret

    Art Concret

    Europe et États-Unis, 1930-1945

    Le groupe Art Concret se crée autour de Van Doesburg en 1930, en réaction contre la fondation de Cercle et Carré par Seuphor et Torrès-Garcia. Van Doesburg, d’abord allié à Cercle et Carré, refuse de participer à son exposition et crée alors le groupe Art Concret, qui rassemble Hélion, Carlsund, Tutundjian et Wantz, et publie un numéro unique de revue.
    Ses idées sont reprises en 1944 par un groupe d’artistes suisses : Max Bill, Andreas Christen, Graeser, Loewensberg, Lohse, Nelly Rudin et Carlo Vivarelli. Ils ont en commun de réaliser un art rigoureusement non figuratif, dont chaque élément est déterminé par des règles simples et a priori : composition à base orthogonale, formes minimales, couleurs généralement primaires et complémentaires posées en aplats, sans modulation. Ces choix prennent tout leur sens par leur inscription dans un projet social – où se ravivent les espoirs du Bauhaus et du Werkbund allemand : il s’agit de « réaliser un art mesurable, valable pour tous, avec des formes qui pourront s’adapter à toutes les situations, être comprises de tous les publics, afin de créer un langage universel, identique à celui de la science ou de la musique » (Lemoine). Le groupe art concret, très soucieux de diffuser ses principes, publie plusieurs ouvrages et réalise d’importantes expositions de peinture et de sculpture ou d’arts appliqués : « Konkrete Kunst » (1944) ou « Kunst und Photographie » (1952, Lucerne). Son influence s’exercera non seulement en Suisse, mais aussi dans les pays voisins. Depuis 1987 existe à Zurich une fondation pour un art constructif et concret, soulignant la permanence, au XXe siècle et tout particulièrement en Suisse, de cet art dont les oeuvres, selon Max Bill, font bien « l’économie de l’abstraction », puisqu’elles sont « issues de leurs moyens fondamentaux et suivent leurs lois propres, sans références extérieures à l’apparence naturelle ».

    Jean Hélion, Theo Van Doesburg, Joseph Albers, Max Bill, Jean Dewasne, Lucio Fontana, Richard Paul Lhose.
    *Doublement Sculpture, Max Bill, 1928-1929

  • Art Déco

    Art Déco

    Europe et États-Unis, 1918-1939

    Le style Art déco, nourri des découvertes des cubistes en particulier (mais aussi de l’art nègre, des traditions extrême-orientales, de l’architecture maya et de la rigueur géométrique moderniste), est une simplification du modern style. Il est un renouvellement sans bouleversement des formes construites, reconnaissable à la pureté, la stylisation de ses lignes, ainsi qu’à ses motifs décoratifs qui tendent vers la géométrie. C’est l’exposition des Arts décoratifs en 1925 qui lui donne son nom.

    Maurice Dufrêne, Jean Dunand, Francis Jourdain, Pierre Legrain, Robert Mallet-Stevens, André Mare, Jacques Émile Ruhlmann, Louis Süe.
    *La Tunique rose (détail), Tamara de Lempicka, 1927

  • Arte Povera

    Arte Povera

    Italie, fin 1960

    L’appellation arte Povera fut créée par le critique d’art Germano Celant à l’occasion de l’exposition « Arte Povera in spazio » à la galerie Bertesca à Gênes en 1967. Regroupant une nouvelle génération d’artistes italiens réunis par la volonté de construire une activité processuelle, fondée sur des pratiques confondues avec des exigences d’une réalité vécue, impliquée dans un contexte politique et idéologique, l’art pauvre se propose dans un esprit provocateur de déculturation de rétablir un lien direct avec des matériaux naturels, des sources d’énergie (terre, charbon, pierre, verre, textiles, végétaux, animaux, feu… ) et de favoriser l’échange entre des polarités énergétiques contrastées.

    Giovanni Anselmo, Jannis Kounellis, Mario Merz, Michelangelo Pistoletto, Gilberto Zorio.
    *Pommes de terre, Giuseppe Penone, 1977