À la Frankenstein

Après que le roman de Mary SHELLEY (Frankenstein ou le Prométhée moderne, 1818) eut été adapté dans le film de 1931, le monstre est devenu dans l’imagination collective plus connu sous les traits de Boris Karloff (maquillé par Jack Pierce), avec son front très épais, ses boulons dans le cou, ses points de suture et sa peau verdâtre.

Pourtant le monstre de Frankenstein de Boris KARLOFF diffère particulièrement de son homologue littéraire :

  • il est amené à la vie par la foudre : ce n’est jamais précisé dans le roman, bien que le docteur Frankenstein remette en question ses connaissances scientifiques en voyant la foudre frapper un arbre et éveille le monstre en réunissant les « instruments de vie pour en communiquer une étincelle à la chose inanimée » (le terme « étincelle » pouvant être pris au figuré)
  • il est constitué de morceaux de cadavres déterrés au cimetière, qui tiennent en place par de gros points de suture : dans la version écrite, il prend des « os dans les charniers », pénètre dans « l’humidité infecte des tombeaux ou [torturait] des animaux vivants pour donner la vie à de l’argile inerte ». La créature n’est donc à l’origine pas composée uniquement de morceaux de cadavres
  • il a des électrodes sur le cou (jamais décrites par Mary Shelley)
  • il possède une intelligence amoindrie et un vocabulaire très réduit (alors qu’à l’origine, il est doté d’une très grande intelligence et est capable de parler de manière sophistiquée).

Proposez votre interprétation de la créature (le monstre) à partir de pièces de vieilles peluches et de poupées (et éventuellement de matériaux et objets recyclables).

#créature #monstre #assemblage #cohérence

Objectifs

La séquence a pour objectifs d’amener les élèves à :

  • expérimenter divers modes d’assemblage
  • interroger les relations entre les parties et le tout
  • explorer l’hétérogénéité des formes et des matériaux, afin d’aboutir à la cohérence de l’ensemble.

Questions

En quoi le rapprochement de matériaux hétérogènes parvient-il à atteindre une telle cohérence, qu’il fait oublier leur destination première ? Par quels moyens plastiques, l’artiste met-il en place un dispositif qui détourne les objets de leur fonction première ?
Comment dépasser la signification des parties pour comprendre le tout, l’unité créée ? Dans quelle limite est-il possible de donner une portée artistique à des éléments de rebuts ?

Niki de St PHALLE, Monstre de Soisy, 1966, assemblage

Références artistiques possible

  • Niki de St PHALLE, Monstre de Soisy, 1966, assemblage, papier journal, peinture, matières textiles, animal naturalisé et objets divers sur structure métallique et bois, 180×163×253 cm, centre Pompidou, Paris
  • Pablo PICASSO, Guenon, 1951, assemblage, bronze, 53×33×53 cm
  • Annette MESSAGER, Articulés/ désarticulés, 2002, installation
  • Thomas GRÜNFELD, Misfit (Cow), 1997, taxidermie, 152×190×90 cm
  • Anne ESPERET, Organismes 2e génération, 2003, photographies en couleur
  • Tony CRAGG, Canoe, 1982, objets et fragments d’objets en plastique, 50×515×102 cm, Centre Pompidou, Paris

Anne ESPERET est une artiste qui s’intéresse aux enjeux, aux limites de la biotechnologie. Cette science contemporaine pleine de promesses se heurte à l’éthique, se confronte à la philosophie, touche aux préjugés et aux tabous. Elle nous offre dans son catalogue en ligne un bestiaire d’Organismes Deuxième Génération, assemblage de restes d’êtres vivants afin de leur insuffler une nouvelle vie.


Références au programme du cycle 3


Questionnement(s)

La représentation plastique et les dispositifs de présentation :

  • la ressemblance : découverte, prise de conscience et appropriation de la valeur expressive de l’écart dans la représentation,

Les fabrications et la relation entre l’objet et l’espace :

  • l’hétérogénéité et la cohérence plastiques : les questions de choix et de relations formelles entre constituants plastiques divers, la qualité des effets plastiques induits ; le sens produit par des techniques mixtes dans les pratiques bidimensionnelles et dans les fabrications en trois dimensions,

Compétences disciplinaires

Composantes plasticiennes

– Expérimenter, produire, créer

  • 1.1 – Choisir, organiser et mobiliser des gestes, des outils et des matériaux en fonction des effets qu’ils produisent.

Composantes théoriques (méthodologiques et sociales)

– Mettre en œuvre un projet artistique

  • 2.1 – Identifier les principaux outils et compétences nécessaires à la réalisation d’un projet artistique.

S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir l’altérité

  • 3.2 – Justifier des choix pour rendre compte du cheminement qui conduit de l’intention à la réalisation.

Composantes culturelles

– Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art

  • 4.2 – Identifier quelques caractéristiques qui inscrivent une œuvre d’art dans une aire géographique ou culturelle et dans un temps historique, contemporain, proche ou lointain.