Étiquette : Fiction

  • Une photo revitalisée

    Une photo revitalisée

    À la fin des années 80, l’allemand Thomas RUFF commence une série de portraits de jeunes gens en reprenant les codes de la photo d’identité, documentaire et objective par vocation. Il ne se livre à aucune manipulation lors de la prise de vue, mais travaille avec un appareil grand format qui lui permet d’obtenir de très grands tirages. Une image très banale parvient ainsi à attirer l’attention, du simple fait de ses dimensions. Ce procédé tend en outre à dévitaliser le portrait, et là où on pouvait s’attendre à de grandes révélations sur le caractère et la psychologie du sujet, c’est au contraire un profond sentiment d’anonymat qui se dégage.

    Thomas RUFF, Portrait (Andrea Knobloch), 1990, épreuve chromogène, 210 × 165 cm, Centre Pompidou, Paris

    À l’inverse du travail artistique de Thomas RUFF décrit ci-dessus, votre travail numérique consistera à revitaliser (dynamiser) la photographie d’identité.

    #photographie #retouche #filtre #réel #fiction

    Objectifs

    La séquence a pour objectifs d’amener les élèves à :

    • identifier l’écart entre une photographie et son référent
    • comprendre qu’il peut exister un dialogue pertinent entre la représentation et l’écart avec le référent
    • saisir que l’écart dans la représentation peut échapper à l’artiste de manière intentionnelle ou non
    • comprendre que les effet plastiques d’une œuvre d’art expriment les intentions de l’artiste
    • utiliser à bon escient les effets visuels.

    Questions

    Dans quelle mesure la représentation est-elle fidèle au référent ? En quoi l’écart est-il porteur de sens ? En quoi l’écart change-t-il la perception du référent dans la représentation ? Dans quelle limite la représentation du référent change-t-elle la perception de celui-ci ? En quoi la représentation fait-elle œuvre ?

    Références artistiques possible

    • Henri MATISSE, La Raie verte, 1905, huile sur toile, 40,5 × 32,5 cm
    • Andy WARHOL, Shot Sage Blue Marilyn, 1964, encre et acrylique sur toile, 101,6 × 101,6 cm (vente record de $195.000.000 en mai 2022)
    • Andy WARHOL, Debbie Harry (Blondie), 1985, Andy WARHOL peint le portrait de la chanteuse Debbie Harry à l’aide d’un ordinateur Amiga 1000.
    • Arnulf RAINER, Sans titre (Autoportrait), 1969, série Face-farces, acrylique sur photographie en noir et blanc, 43 × 60 cm
    • Bill ARMSTRONG, Portrait #302, 2000, photographie couleur – https://www.billarmstrongphotography.com
    • Valérie BELIN, Série Mannequins, 2003, épreuve gélatino-argentique, 161 × 125 cm – https://valeriebelin.com/works/mannequins
    • ORLAN, détail de Self-hybridation Opéra de Pékin #1, de la série Masques Pékin, Facing designs et réalité augmentée, 2014, photographie numérique couleur
    • Cindy SHERMAN, Goo-Goo Eyes, 2017, autoportrait utilisant de manière excessive les filtres et logiciels de retouche photo pour smartphone – https://www.instagram.com/cindysherman/
    Arnulf RAINER, Sans titre (de la série Face Farces), 1969,
    acrylique sur photographie en noir et blanc, 59,6 × 50 cm,
    Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
    Bill ARMSTRONG, Portrait #302, 2000, photographie couleur

    Niveaux de maîtrise

    Compétences

    Maîtrises

    1.3 – Rechercher une expression personnelle en s’éloignant des stéréotypes

    Je reproduis simplement des clichés sans apporter de touche personnelle.

    Je commence à explorer une expression personnelle, mais elle reste limitée et peu évidente.

    +-

    Je parviens à m’éloigner des stéréotypes et à exprimer des idées personnelles à travers mon travail.

    +

    J’ai une expression artistique convaincante et personnelle, évitant complètement les stéréotypes.

    ++

    1.4 – Intégrer l’usage des outils informatiques de travail de l’image et de recherche d’information, au service de la pratique plastique

    Je n’utilise pas efficacement les outils informatiques pour soutenir ma pratique artistique.

    Je commence à explorer l’utilisation d’outils informatiques, mais ma pratique est encore limitée.

    +-

    J’intègre de manière fiable l’usage des outils numériques au service de ma pratique artistique.

    +

    J’utilise avec pertinence et de manière innovante les outils numériques et les mets au service de l’amélioration de mon processus créatif et de mes productions artistiques.

    ++

    3.2 – Justifier des choix pour rendre compte du cheminement qui conduit de l’intention à la réalisation

    J’ai du mal à expliquer les choix artistiques dans mon projet et le cheminement de ma réflexion.

    Je commence à fournir des explications pour justifier mes choix artistiques, mais celles-ci manquent de cohérence et de clarté.

    +-

    Je justifie clairement mes choix artistiques en expliquant le cheminement qui m’a conduit à la réalisation finale.

    +

    Je fournis des justifications convaincantes, approfondies et bien liées à mes choix artistiques, mettant en évidence une réflexion critique et un cheminement réfléchi.

    ++

    4.1 – Repérer, pour les dépasser, certains a priori et stéréotypes culturels et artistiques

    J’ai du mal à reconnaître les a priori et les stéréotypes culturels et artistiques présents dans mon travail et dans les œuvres étudiées.

    J’identifie certains a priori et stéréotypes, mais ai du mal à les dépasser dans ma pratique artistique.

    +-

    J’identifie de manière fiable les a priori et les stéréotypes culturels et artistiques, et fais des efforts pour les dépasser dans ma création artistique.

    +

    Je repère, analyse et dépasse de manière critique les a priori et les stéréotypes culturels et artistiques, en faisant preuve d’une démarche réflexive approfondie.

    ++


    Références au programme du cycle 3


    Questionnement(s)

    La représentation plastique et les dispositifs de présentation :

    • la ressemblance : découverte, prise de conscience et appropriation de la valeur expressive de l’écart dans la représentation,

    Les fabrications et la relation entre l’objet et l’espace :

    • l’hétérogénéité et la cohérence plastiques : les questions de choix et de relations formelles entre constituants plastiques divers, la qualité des effets plastiques induits ; le sens produit par des techniques mixtes dans les pratiques bidimensionnelles.

    Compétences disciplinaires

    Composantes plasticiennes

    – Expérimenter, produire, créer

    • 1.3 – Rechercher une expression personnelle en s’éloignant des stéréotypes.
    • 1.4 – Intégrer l’usage des outils informatiques de travail de l’image et de recherche d’information, au service de la pratique plastique.

    Composantes théoriques (méthodologiques et sociales)

    S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir l’altérité

    • 3.2 – Justifier des choix pour rendre compte du cheminement qui conduit de l’intention à la réalisation.

    Composantes culturelles

    – Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art

    • 4.1 – Repérer, pour les dépasser, certains a priori et stéréotypes culturels et artistiques.

    *Image mise en avant de Alexey Demidov – pexels.com

  • Art – Entreprise – Fiction

    Art – Entreprise – Fiction

    Si les pratiques collaboratives artistiques existent de longue date, notamment à travers les ateliers dès la Renaissance, celles de certains collectifs du 20e siècle convoquent de véritables entreprises, structures de production, redéfinissant d’emblée la représentation convenue de l’auteur.

    Références artistiques possibles

    • GENERAL IDEA (1969) crée N.E. Thing Co. Ltd. (anything), une entreprise artistique s’intéressant aux stratégies de communication parodiant et ironisant les modèles usuels et quotidiens.
    • Primiatta Ditta (1978), compagnie ayant pour objectif d’améliorer les rapports sociaux.
    • Ingolds Airlines (1982), compagnie aérienne, sans avion, choisissant la figure du transport aérien comme figure artistique.
    • Banca di Oklahoma Srl., banque fondée par Aldo SPOLDI et deux partenaires imprimant sa propre monnaie.
    • IFP (Information fiction publicité) Les ready-made appartiennent à tout le monde (1987), agence de Philippe THOMAS. Les collectionneurs en achetant l’œuvre de Philippe Thomas en deviennent les auteurs.
    • A-Z Administrative Service (1990), d’Andrea ZITTEL, création d’objets fonctionnels échappant au statut habituel de l’œuvre, mais leur conception relève d’une forme dérivée de design.
    • L’atelier Van LIESHOUT, collectif, travaillant sur le principe du multiple (objet accessible aux petits budgets).
    • La collection Yoon JA et Paul DEVAUTOUR, dont les œuvres se confondent avec celles des artistes qu’ils ont inventées de toute pièce…
      La collection tout entière rassemble des noms d’artistes plutôt insolites : Art Keller, Nancy Crater, David Vincent, Martin Tupper, Alexandre Lenoir, Dr Brady, le cercle Ramo Nash… Autant d’identités archétypales dont les pratiques singulières s’entremêlent au gré de l’histoire de cette collection. Yoon Ja Choi & Paul Devautour affirment avoir cessé toute production artistique personnelle en 1985. Depuis, ils préfèrent se définir comme des opérateurs en art dont le rôle est de promouvoir les artistes qu’ils représentent, tout en assurant la gestion et le développement d’une collection qu’ils n’ont de cesse d’enrichir eux-mêmes au gré de ses différentes présentations publiques.
      « Dans les années 80, le collectionneur s’est imposé comme une figure toute-puissante, capable de faire des choix, de peser sur le marché et sur les artistes, d’orienter la totalité du système artistique. Il nous a semblé donc plus intéressant, et plus efficace, de réunir des œuvres plutôt que d’en produire. »
    • L’Atelier VAN LIESHOUT (-1995), une entreprise composée d’une vingtaine de personnes aux compétences variées : architectes, artistes, ouvriers qualifiés dans les domaines du bois, du métal, de la résine. Leurs productions évoluent aux confins du design, de l’architecture et de l’art contemporain tout en cultivant une bonne dose d’humour.
    • Benjamin SABATIER développe de manière quasi exhaustive un concept qui place l’œuvre d’art au cœur de la réalité socio-économique contemporaine. Il nous interroge sur différentes caractéristiques de notre société – la standardisation, le consumérisme à tout va, l’aliénation du travail et par le travail, la répétition infinie des gestes – et la place que ces réflexions sociologiques essentielles occupent dans l’art actuel. Peinture en kitSAV2PackAgeChantier… tous les titres de ses expositions personnelles renvoient à ces concepts fondateurs de l’entreprise et de l’économie d’aujourd’hui. 

    Collaboration et co-création entre artistes : duo, groupes, collectifs en arts plastiques du début des années 1960 à nos jours – Réseau Canopé (reseau-canope.fr)

    Benjamin SABATIER, Kit IBK
     

    Hypothèse de travail

    Le collectif d’artistes ANØN crée La Boîte ANØN à la fois édition et exposition d’Art en kit.

    Vous concevrez puis réaliserez la Boîte ANØN, sans oublier de rendre : le descriptif du projet, l’argumentaire et les influences artistiques contemporaines.

    Méthodologie

    1. Établir la fiche du projet : intention, descriptif sommaire, schéma, échantillons, 1ers essais
    2. En cour de développement, faire le point : décrire le travail et la démarche en utilisant un vocabulaire adéquat
    3. Seul ou avec l’aide du professeur, trouver des influences ou références artistiques pouvant être mises en relation avec le travail en cours
    4. Rédiger quelques lignes soulignant les points importants de votre travail
    5. À la dernière séance, présenter et expliquer le plus pertinemment possible votre réalisation (ex. : accrochage, installation, diaporama, vidéo promotionnelle)

    À propos du collectif fictif ANØN

    En proposant une démarche artistique qui interroge la vie quotidienne avec humour et esprit critique, le collectif ANØN déploie des modes d’expression agissant sur le comportement du public.

    Leur œuvre se place au cœur du champ social, politique et écologique et prend naissance dans les préoccupations d’aujourd’hui. Elle utilise tous supports et modes d’expression accessibles que sont : la photographie, la sérigraphie, la vidéo, l’utilisation de textes, les enregistrements sonores, la création d’environnement, les actions corporelles (cf. performance), les objets fabriqués, etc.

    Tout cet ensemble permet la conception et la réalisation de cette boîte.

    Marcel DUCHAMP, La Boîte-en-valise, 1936-1941
     

    La Boîte-en-valise

    « Tout ce que j’ai fait d’important pourrait tenir dans une petite valise ».

    Marcel DUCHAMP

    En 1934, Marcel DUCHAMP entreprend de porter un regard rétrospectif sur son œuvre. Mais la chose ne doit pas l’entraver ni peser. Il a l’idée d’une boîte dans laquelle toutes ses œuvres se trouveraient réunies comme dans un musée en réduction, un musée portatif.

    Marcel DUCHAMP, La Boîte-en-valise, 1936-1941, boîte dépliante en trois parties en carton recouverte de toile beige contenant des répliques miniatures d’œuvres, 69 items (photographies et documents, fac-similés), 40 x 37,5 x 8,2 cm, carton, bois, papier, plastique, Centre Pompidou, Paris

    Source : Centre Pompidou


    Questionnement(s)

    • La matérialité de l’œuvre ; l’objet et l’œuvre : l’objet comme matériau en art – les représentations et statuts de l’objet en art.
    • L’œuvre, l’espace, l’auteur, le spectateur : la présence matérielle de l’œuvre dans l’espace, la présentation de l’œuvre.

    Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5)

    • Choisir, mobiliser et adapter des langages et des moyens plastiques variés en fonction de leurs effets dans une intention artistique en restant attentif à l’inattendu.
    • Prendre en compte les conditions de la réception de sa production dès la démarche de création, en prêtant attention aux modalités de sa présentation, y compris numérique.
    • Exploiter des informations et de la documentation, notamment iconique, pour servir un projet de création.

    Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D4, D5)

    • Concevoir, réaliser, donner à voir des projets artistiques, individuels ou collectifs.
    • Faire preuve d’autonomie, d’initiative, de responsabilité, d’engagement et d’esprit critique dans la conduite d’un projet artistique.

    S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir à l’altérité (D1, D3, D5)

    • Expliciter la pratique individuelle ou collective, écouter et accepter les avis divers et contradictoires.

    Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5)

    • Proposer et soutenir l’analyse et l’interprétation d’une œuvre.

    D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine


    *GENERAL IDEA, One Day of AZT et One Year of AZT, 1991, double installation, dimensions variables

  • Selfiction

    Selfiction

    Au préalable les élèves sont invités à apporter un selfie maison.
    Présentez (analysez) quelques selfies.
    Quels sont les codes récurrents ? Quels éléments caractéristiques retrouve-t-on ?

    Questions :
    En quoi un selfie n’est-il pas un autoportrait ? Dans quelle mesure un autoportrait peut-il être fictionnel ? Une photographie montre-t-elle toujours le réel, la réalité ?
    Quel écart existe-t-il entre la photographie et la réalité ? Une photographie peut-elle être fictionnelle ?

    Réalisez une photographie qui donne sens au terme : « selfiction ».
    Préalablement, analysez le terme « selfiction » sous la forme d’une carte heuristique et effectuez des recherches sur l’autoportrait. Concevez votre projet sans oublier de l’accompagner de croquis.

    Objectifs d’apprentissage :
    Questionner la réalité de l’image.
    Aborder les codes/ conventions/ normes, la nature, fonctions/ finalités (publication) d’une image.

    George HARRISON, Fisheye self-portrait in India, septembre 1966

    Références possibles :

    • Le CARAVAGE, Narcisse, vers 1597-1599, huile sur toile, 110 x 92 cm, galerie nationale d’art ancien, Rome
    • Hippolyte BAYARD, Autoportrait en noyé, octobre 1840, premier autoportrait exploité comme une fiction
    • Christian BOLTANSKI, Dix portraits de Christian Boltanski, photographies, 1972
    • Cindy SHERMAN, Untitled Film Still, photographies, 1978
    • Gordon DOUGLAS, Monster, diptyque photographique, 1997
    • Philippe RAMETTE, L’ombre de moi-même, installation, 2006
    • Nina KATCHADOURIAN, Lavatory Self-Portraits in the Flemish Style, photographies, 2010
    • Roman OPALKA, Autoportraits 1965/ 1 – ∞,  photographies, 1965-2011
    • Aki HOSHIDE, Space selfie, 5 septembre 2012
    • Barack OBAMA & David CAMERON, Selfie à la cérémonie d’hommage à Nelson MANDELA, 11 décembre 2013
    • Olivia MUUS, Selfie museum, série photographique contemporaine, 2014

    Mots clés :
    cadrage, limite(s), autoportrait, mise en scène, fiction, point de vue, profondeur de champ/champ/hors champ, code/convention/norme/cliché/stéréotype, égo-portrait.

    (Sujet proposé sur le site académique de Grenoble par Chantal Ferrand et Romuald Masset)


    Introduction du portrait dans l’histoire de l’art classique

    Le portrait et ses différents médiums : peinture, dessin, sculpture.
    L’évolution du portrait : le portrait religieux qui représente le divin donc le non visible, les portraits royaux, les portraits bourgeois…
    Les liens avec l’autobiographie et son développement au XIXe siècle en relation avec les sciences humaines.
    Les évolutions technologiques et créatives, la photographie et son principe de reproduction, la vidéo.
    Le portrait questionne l’identité et interroge le concept de la représentation.

    En quête de soi

    Les avant-gardes ont œuvré à l’édification d’un monde nouveau et ont relégué au second plan le sujet : le motif autant que l’individu. Dans l’après-guerre, temps des failles et de la désillusion, on tente de reconstruire le monde autour de l’homme, celui qui s’exprime comme celui qu’on représente. On constate un retour dans les œuvres à des formes qui révèlent un rapport au monde individualisé.
    Photographie et psychanalyse transforment radicalement les enjeux du portrait, interrogent la fonction d’identité et exhibant les conflits internes qui tiraillent l’individu et menacent son intégrité.

    Autoportrait

    Apparu à la fin du Moyen Âge, ce genre obéit pour l’artiste à des motivations diverses : pallier l’absence d’autre modèle, se présenter dans une position sociale, sonder le mystère de son être.
    Dans le prolongement de cette tradition, Picasso multiplie les représentations du peintre au travail face à son modèle, mêlant souvent l’autoportrait professionnel à l’intimité de la relation amoureuse.
    Francis Bacon tente de saisir la matière mouvante de son propre visage.
    Beckmann avec ses 80 autoportraits réalisés entre 1899 et 1950 se situe dans la filiation de Rembrandt : la vision qui se dégage de l’ensemble est celle d’une existence frappée de discontinuité, d’un individu aux prises avec les aléas de l’histoire et avec ses propres troubles.
    En 1948-49 Warhol se dessine avec un doigt dans le nez, corrigeant ironiquement ce visage qu’il n’a pas choisi.  » Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, vous n’avez qu’à regarder la surface de mes peintures, de mes films, de moi. Me voilà. Il n’y a rien dessous. « .
    Orlan et sa pratique artistique : transformation de son corps, prothèses (lien avec la performance et le corps de l’artiste).

    Double  » je « 

    S’inventer un double et s’observer peut fournir un moyen d’assumer les multiples facettes de sa personnalité.
    Chez Ernst dans un cycle de collage au début des années 30, il représente la figure de Loplop alias Hornebom alias Max Ernst. Par ce jeu d’identification, les frontières du sujet s’estompent.
    Le dédoublement, l’artifice seul permet encore le portrait par une mise à distance. L’artiste est dans son œuvre, sans toutefois y être totalement.
    Les artistes Gilbert & George cultivent également l’ambiguïté avec leurs ressemblances vestimentaires et physiques et multiplient les effets de permutation dans leurs compositions photographies fondées sur la répétition et la symétrie.

    Jeux de genres et jeux de rôles

    Duchamp s’invente un double féminin Rrose Sélavy et affuble La Joconde de moustaches.
    Pierre Molinier dans la mouvance surréaliste poursuit avec ses photographies une identité morcelée : il s’y compose un personnage androgyne.
    Dans ce travail sur soi passant par la métamorphose du corps : dès lors ce n’est plus tant l’identité qui est questionnée (quoique le visage soit recouvert de peinture comme chez Bruce Nauman) mais l’existence physique.
    L’œuvre de Cindy Sherman prise dans son ensemble se présente comme une vaste galerie de personnage et de rôle qu’elle-même campe au prix de déguisements qui la rendent plus ou moins méconnaissable. Caméléon, elle arpente les scènes de la peinture ancienne, les films hollywoodiens, suggérant des bribes de narration laissées en suspens. Ce goût du travestissement ramène aux déguisements de l’enfance n’en est pas moins inquiétant par la scission de la personnalité qu’il suggère.
    Bruce Nauman quand il se filme en train de faire des grimaces, se moque autant de lui même que de la croyance dans le pouvoir de transformation de l’art.
    Les vidéos de Pierrick Sorrin le montrent dans des situations inconfortables voir grotesques et dénigrent la figure de l’artiste.

    Mythologies personnelles et enquêtes de soi

    Le nouveau roman est un nouveau type de narration où l’auteur ancre son récit dans le quotidien et se consacre à traduire une réalité psychologique que le personnage classique est devenu incapable de contenir.
    Des artistes s’approchent de cette conception du récit, comme on le voit dans les biographies fictives construites de Boltanski ou d’Annette messager. Ils travaillent sur des données personnelles si communes que chacun peut y reconnaître une part de lui-même (enfance, image sociale de la femme…).
    Valérie Mréjen réalise des films, elle fait des portraits en demandant à des personnes de raconter leurs histoires qui font écho à la sienne (en lien avec ses origines).

    Auto-fictions

    Sophie Calle et son œuvre plus évidemment autobiographique fonctionnent sur des transferts d’intimité (Douleur exquise, No sex last night…).
    La photographe Nan Goldin rassemble depuis 1969 les pièces d’une autobiographie photographique : ses images documentent crûment sa vie intime et celle de son entourage.
    Joel Bartoloméo enregistre en vidéo ses relations avec sa famille et son quotidien.
    La distance entre l’art et le réel s’amenuise jusqu’à disparaître (relation également avec la littérature française actuelle : Angot…)
    Liens également avec les vidéos faites par des amateurs en ligne sur internet (dailymotion, youtube…).

    Le portrait et la réalité

    Le réalisme du portrait interroge ce qui nous nous détermine ? Notre physique, notre nom, l’endroit où nous sommes nés, là où l’on vit ?
    Écart entre ce que nous croyons être, ce que nous voulons être, ce qu’autrui perçoit de nous : histoire de voir et d’être vu.
    Le portrait dans notre société
    Photographie d’identité nécessaire sur nos papiers pour nous  » reconnaître « .
    Le portrait robot.
    L’identité personnelle et collective : aujourd’hui nous vivons dans un système de surveillance : vidéosurveillance avec les caméras dans les espaces publics, le fichage avec les téléphones portables et cartes bancaires.
    Relation au voyeurisme et son retentissement dans les médias (la télé-réalité).


    • Questionnements :
      La représentation ; images, réalité et fiction : la ressemblance – le dispositif de représentation – la narration visuelle.
    • Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :
      Choisir, mobiliser et adapter des langages et des moyens plastiques variés en fonction de leurs effets dans une intention artistique en restant attentif à l’inattendu.
      Prendre en compte les conditions de la réception de sa production dès la démarche de création, en prêtant attention aux modalités de sa présentation, y compris numérique.
    • Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D4, D5) :
      Concevoir, réaliser, donner à voir des projets artistiques, individuels ou collectifs.
      Mener à terme une production individuelle dans le cadre d’un projet accompagné par le professeur.
    • S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir l’altérité (D1, D3, D5) :
      Dire avec un vocabulaire approprié ce que l’on fait, ressent, imagine, observe, analyse ; s’exprimer pour soutenir des intentions artistiques ou une interprétation d’œuvre.
      Expliciter la pratique individuelle ou collective, écouter et accepter les avis divers et contradictoires.
    • Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5) :
      Prendre part au débat suscité par le fait artistique.

    D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine