Étiquette : Détournement

  • Mon art, mon arme

    Mon art, mon arme

    Se servir de l’image d’une arme à feu pour en faire une œuvre ne peut pas être un geste neutre. Pour certains artistes en détournant* l’objet de mort (ou sa représentation) et en se le réappropriant, c’est un moyen de dénoncer par l’absurdité nos sociétés violentes. Pour d’autres, c’est une solution pour exorciser le passé.

    * Dans le domaine artistique, le détournement concerne généralement les images, les œuvres, les objets, les matériaux industriels et naturels, quelles que soient leur taille et leur matière. Le détournement consiste alors en une modification du sens de l’image ou de la fonction de l’objet. Le contexte et le lieu peuvent également jouer un rôle dans le détournement. Celui-ci modifie donc ce qui existait antérieurement.

    Transformez cet objet de mort en création de façon à se le réapproprier et à le détourner de sa vocation initiale et d’en faire quelque chose d’autre : une œuvre.

    #détournement #art engagé

    Objectifs

    • Approcher la démarche artistique et sociologique du processus de la création.
    • Prendre position et discuter de son point de vue sur un sujet de société.
    • Appréhender des notions de l’histoire de l’art.

    Qu’est-ce que l’art engagé ? Comment l’engagement de l’artiste se traduit-il dans son œuvre ? Comment l’artiste s’implique-t-il (personnellement) dans son œuvre et dans son époque ?

    Références artistiques possibles

    • Otto DIX, La Guerre, tempera sur panneaux de bois, dimensions du panneau central : 204 x 102 cm.
    • Maurice HENRY, Dans le miroir, 1966-1975, révolver entouré d’un bandage médical tâché de rouge, 35 x 54 cm.
    • Carl-Fredrik REUTERWÄRD, Non-violence, 1985, sculpture en bronze, 1,50 m de haut. L’œuvre représente un révolver (Colt Python 357) au canon noué et existe en de nombreuses versions. L’artiste a commencé à travailler sur le projet de cette sculpture à la suite du meurtre du musicien et chanteur britannique John Lennon en décembre 1980.
    • Daniel DEZEUZE, Armes de poing, 1987-1989, bois et métaux divers. Posées sur une table, ces Armes de poing se composent d’un assemblage hétéroclite d’objets de récupération. Elles imitent révolvers et pistolets avec la possibilité physique d’une prise en main, mais il est inenvisageable de s’en servir réellement.
    • André ROBILLARD, M16 Américain USA, 1994, bois, ruban adhésif, cartouche, tube en métal, fil de fer, culot d’ampoule à vis, bouchon en liège, couvercle en plastique, pile, flacon de poudre à récurer, boîtier en plastique, punaise, clou, stylo à bille, stylo-feutre, 154.3 x 40 x 21,5 cm, 6 kg, Le LaM, Villeneuve-d’Ascq – Lille Métropole.
    • Benjamin VAUTIER dit BEN, L’art est une violence camouflée, 1998, assemblage d’armes en plastique sur bois, peinture acrylique, 77 x 80 x 5,5 cm, Collection de l’artiste.
    • Antonio RIELLO, Ladies Weapons, depuis 1998, série de vrais fusils décorés. L’artiste mélange le glamour de la mode avec la fascination perverse et morbide commune pour l’armement et la violence. Ces œuvres — réalisées à l’aide de peaux de léopard, de couleurs laquées vives, de bijoux, de fourrures, de tissus à la mode et d’appareils technologiques spéciaux — interrogent la limite entre l’attrait du beau et la répulsion du mal.
    • Sylvie RENO, Histoire naturelle, 2000, reproduction de différents pistolets (Golan 40 S&W, Mauser M2, Heckler & Koch PSP…) en carton ondulé.
    • Hervé Di ROSA, La Prière (à la fusée), 2001, acrylique sur toile, 97 x 99 cm.
    • Philippe PERRIN, Gun Club, 2002, coffret, révolver et 6 balles en fonte d’aluminium, acier inoxydable, résine et bois, 55 x 33 cm.
    • Joël DUCOROY, A John, Marvin et les autres, 2005, installation, plaques minéralogiques, 55 x 75 cm, Collection de l’artiste.
    • Charles KRAFT, AK47 Kalashnikov, 2013, objet moulé en porcelaine de Delft, 26 cm x 88 cm. La technique principale de Charles Krafft est le moulage d’objets en porcelaine. Ces objets sculpturaux sont ensuite peints à la main ou décorés d’autocollants de transfert en céramique avant la dernière cuisson. Ce processus, basé sur les traditions néerlandaises de Delft conduit à des œuvres d’art à la fois séduisantes et extravagantes.
    • Gonçalo MABUNDA, O trono da Alvadorada, 2017, masque, assemblage d’étuis et de douilles.
    Carl-Fredrik REUTERWÄRD, Non-Violence, 1985, sculpture devant les Nations Unies à New York
    André ROBILLARD, M16, 1994, Collection LaM, Lille

    Questionnement(s) :

    • La représentation ; images, réalité et fiction : l’autonomie de l’œuvre d’art, les modalités de son autoréférenciation – la création, la matérialité, le statut, la signification des images.

    Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :

    • S’approprier des questions artistiques en prenant appui sur une pratique artistique et réflexive.

    Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D4, D5) :

    • Concevoir, réaliser, donner à voir des projets artistiques, individuels ou collectifs.
    • Mener à terme une production individuelle dans le cadre d’un projet accompagné par le professeur.
    • Se repérer dans les étapes de la réalisation d’une production plastique et en anticiper les difficultés éventuelles.
    • Faire preuve d’autonomie, d’initiative, de responsabilité, d’engagement et d’esprit critique dans la conduite d’un projet artistique.
    • Confronter intention et réalisation dans la conduite d’un projet pour l’adapter et le réorienter, s’assurer de la dimension artistique de celui-ci.

    S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir à l’altérité (D1, D3, D5) :

    • Établir des liens entre son propre travail, les œuvres rencontrées ou les démarches observées.

    Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5) :

    • Proposer et soutenir l’analyse et l’interprétation d’une œuvre.

    D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine


  • Drôle d’insecte

    Drôle d’insecte

    « Les objets eux-mêmes, leurs formes et leur texture me donnent souvent la clef de ma vision. […] Je trouve une selle et un guidon dans la rue et je pense « Tiens, un taureau ». Tout le monde regarde l’assemblage que j’ai exécuté et remarque « Tiens, un taureau ». Jusqu’au moment où un cycliste passe et se dit « Tiens, une selle ».

    Propos de Pablo PICASSO cités dans Vivre avec Picasso, Paris, Éd. 10/18, 2005

    Élaborez à partir de fragments ou de parties d’objet un assemblage représentant un « drôle d’insecte ».

    Qu’est-ce qu’un assemblage ?

    L’assemblage est un mode de création à part entière né au début du XXème siècle. C’est une technique (et son résultat) consistant à rassembler et fixer entre eux différents éléments (: objets manufacturés, fragments d’objets, éléments naturels).

    Pablo PICASSO réalise ses premiers assemblages avec sa série des Guitares en 1912 ; tandis qu’à la même période Marcel DUCHAMP invente le ready-made avec Roue de bicyclette, 1913. Puis les artistes du mouvement Dada créent des assemblages à partir de 1914, avec Jean ARP et ses Reliefs  : Der Hirsch, 1914 ou Trousse d’un Da, 1920-21, constituée de bois flottés récupérés et en 1919 Marcel JANCO avec ses masques du Cabaret Voltaire ou Kurt SCHWITTERS. Le russe Vladimir TATLINE, créé également des reliefs picturaux et contre-reliefs dès 1914 et Jean POUGNY des Compositions en 1915. Source Wikipédia

    Méthodologie

    Rassembler les éléments hétéroclites de l’assemblage dans l’idée d’obtenir une forme reconnaissable : un insecte peut parfois être difficile. C’est pourquoi dans certains cas, il sera préférable de construire au préalable une structure rigide, en bois ou fil de fer, qui charpentera la forme de votre Drôle d’insecte et que vous utiliserez pour fixer (clipser, emboîter, enchâsser, lier, coller) les objets et fragments.

    Nicolás LABADIA, Insecto, assemblage

    Références artistiques possibles

    • Raoul HAUSMANN, L’esprit de notre temps – Tête mécanique, 1919, assemblage, 32,5 x 21 x 20 cm, Musée national d’Art moderne, Paris.
    • Marcel DUCHAMP, Roue de bicyclette, 1913/ 1964, assemblage d’une roue de bicyclette sur un tabouret, métal, bois, 126,5 x 31,5 x 63,5 cm, Centre Pompidou, Paris.
    • Pablo PICASSO, Tête de taureau, 1924, selle en cuir et guidon métallique, Musée Picasso, Paris.
    • Pablo PICASSO, La Guenon et son petit, 1951, céramique, deux petites autos, métal et plâtre, 56 x 34 x 71 cm, Musée Picasso, Paris.
    • Robert RAUSCHENBERG, Monogram, 1955-1959, assemblage, 106,6 x 160,6 x 163,8 cm. Monogram est un des plus célèbres Combines sur lequel Rauschenberg reviendra à plusieurs reprises avant d’arriver à la version définitive. Association incongrue, sur une sorte de tableau abstrait posé horizontalement, d’une chèvre angora au museau peint, ceinte d’un pneu d’automobile, et de différents collages allant d’une balle de tennis à différents papiers imprimés.
    • Hubert DUPRAT, Sept tubes de Trichoptères, 1980-1997, or, perles, pierres précieuses et semi-précieuses, largeur : 2 cm, diamètre : 0,5 cm, Frac Lorraine.
    • Bill WOODROW, Crow and carrion, 1981, deux parapluies, 75 x 120 x 120 cm.
    • PANAMARENKO, Blauwe Archaeopterix, 1991, dimensions variables.
    • Thomas GRÛNFELD, Misfits – Girafe, autruche, cheval, 2000, assemblage, travail de taxidermie, 210 x 130 x 180 cm.
    • PANAMARENKO, Raven’s Variable Matrix, 2000, 200 x 300 cm.
    • Nicolás LABADIA, Insectario/ Bestiario. depuis 2007, 6 figures de 2 x 3 x 3 cm, série d’assemblages. Le travail de l’artiste consiste à construire des sculptures de petite taille avec des objets inutilisés qui ont été spécifiquement collectés pour représenter des êtres hybrides, des insectes et des bêtes.
    • Bernard PRAS, Vénus, 2014, photographie.
    • Freya JOBBINS, Eurydice, 2014, assemblage, fragments de poupées en matière plastique, 50 x 20 x 35 cm.

    Questionnement(s) :

    • Les fabrications et la relation entre l’objet et l’espace : l’hétérogénéité et la cohérence plastiques – l’invention, la fabrication, les détournements, les mises en scène des objets.
    • La matérialité de la production plastique et la sensibilité aux constituants de l’œuvre : les qualités physiques des matériaux.

    Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :

    • Choisir, organiser et mobiliser des gestes, des outils et des matériaux en fonction des effets qu’ils produisent.
    • Rechercher une expression personnelle en s’éloignant des stéréotypes.

    Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D5) :

    • Identifier les principaux outils et compétences nécessaires à la réalisation d’un projet artistique.
    • Se repérer dans les étapes de la réalisation d’une production plastique individuelle ou collective, anticiper les difficultés éventuelles.

    S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir l’altérité (D1, D3) :

    • Décrire et interroger à l’aide d’un vocabulaire spécifique ses productions plastiques, celles de ses pairs et des œuvres d’art étudiées en classe.

    Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5) :

    • Décrire des œuvres d’art, en proposer une compréhension personnelle argumentée.

    * D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine

  • Avec du ruban adhésif

    Avec du ruban adhésif

    Utilisez du ruban adhésif pour réaliser une œuvre personnelle dans laquelle il ne vous servira ni à fixer ni à coller, mais il devra jouer de manière évidente un rôle primordial, à votre choix celui de support, matériau, outil…

    #scotch

    Enjeu

    Dans cette séance, vous allez utiliser du ruban adhésif de manière à ce qu’il devienne artistique. Pour cela, il vous faudra explorer les qualités physiques de ce matériau (brillance, transparence, souplesse, plasticité, capacité à coller, à modifier l’effet de matière, à capturer des poudres, à masquer, à recouvrir, etc.) et in fine détourner le scotch de sa fonction initiale pour s’en servir à autre chose que ce pour quoi il est fait au départ.

    Les questions et les références artistiques ci-après proposées, vous permettront de vous interroger sur les changements possibles de statut du ruban adhésif.

    Questionnement

    Comment prendre en compte les caractéristiques d’un matériau pour l’utiliser à des fins artistiques ? Quelles incidences et caractéristiques ce matériau a-t-il sur la pratique plastique en deux dimensions et en volume ? Comment la qualité physique d’un matériau induit-elle une pratique ? Comment tirer parti d’un matériau et l’exploiter pour lui donner une valeur expressive ? Comment les caractéristiques d’un matériau, sa transformation, son altération, constituent-elles l’œuvre ?

    Références artistiques possibles

    • Tatiana TROUVÉ, Fantômes, 1996-97, ruban adhésif transparent dimensions variables. Du scotch transparent utilisé dans les objets fantômes, Tatiana Trouvé dit que « ces matériaux fonctionnent comme l’épiderme de ces pièces ».
    • Olivier BLANCKART, The Remix Saigon, 1998, installation de 3 personnages, kraft, carton et scotch, 300 x 400 x 350 cm. Le plasticien réalise ses sculptures au moyen de matériaux d’emballage détournés : carton, papier kraft et scotch d’emballage qui donnent à ses sculptures un aspect caractéristique. Ses sculptures sont généralement une réinterprétation d’icônes de la photographie d’art ou de reportage.
    • Douglas GORDON, Monster, photographie couleur, 1997. Dans cet autoportrait, il s’exhibe selon une double image : au naturel et défiguré, du moins déformé à l’aide de rubans adhésif.
    • Maurizio CATTELAN, A perfect day, 1999, photographie couleur, plexiglas, aluminium, 258 x 192 cm. Cette pièce n’exista que le soir du vernissage et présentait au public le galeriste Massimo De Carlo de Milan complètement attaché au mur par de l’adhésif, le recouvrant presque entièrement, comme une grotesque mais non moindre saisissante crucifixion.
    • Mark JENKINS, Tape Men, 2003, corps en ruban adhésif. Ce street artiste américain est principalement connu pour ses installations de rue, commencées en 2003. Il a en particulier développé une technique qui consiste à mouler des formes (le plus souvent des corps) avec du ruban adhésif transparent.
    • Mark JENKINS, Traffic-Go-Round , 2007, cette installation a été faite sur le rond-point Thomas Circle, dans la capitale américaine. L’artiste a installé des moulages de petits chevaux sur les lampadaires autour de la place, dans le sens inverse de celui de la circulation, pour donner l’impression aux automobilistes que les chevaux tournaient comme dans un carrousel.
      http://xmarkjenkinsx.com
    • Mark KHAISMAN, You See I Know All About You From Your File, 2019, ruban adhésif brun sur panneau rétro éclairé, 91,4 x 121,9 x 15,2 cm. Mark Khaisman crée ses œuvres en appliquant des couches translucides de scotch brun d’emballage sur des panneaux en plexiglas rétro-éclairé afin de créer des zones d’ombre et de lumière qui, vues dans leur ensemble, composent des images de personnes ou d’objets reconnaissables provenant de diverses sources, notamment de l’histoire de l’art, de vieux films, de l’art de la propagande du XXe siècle et de ses propres photographies. (détail en bandeau)
    • Rebecca WARD, Rip and pull, 2009, installation, ruban adhésive isolant rouge
    • Santiago SIERRA, Passerelle obstruée par du ruban d’emballage, 1996, Mexico, Calzada Churubusco, épreuves noir et blanc (la deuxième : 150×277 cm), la passerelle piétonne permettant de passer au-dessus de l’autoroute étant obstruée, le passant se retrouve comme face à un défi de l’autorité.
    Monika GRZYMALA, Raumzeichnung, 2011, installation, ruban adhésif noir

    Sujet proposé sur le site académique de Grenoble


    Questionnement(s) :

    • La représentation ; images, réalité et fiction : la ressemblance.
    • La matérialité de l’œuvre ; l’objet et l’œuvre : les qualités physiques des matériaux – l’objet comme matériau en art.

    Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :

    • Explorer l’ensemble des champs de la pratique plastique et leurs hybridations, notamment avec les pratiques numériques.
    • Exploiter des informations et de la documentation, notamment iconique, pour servir un projet de création.

    Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D4, D5) :

    • Concevoir, réaliser, donner à voir des projets artistiques, individuels ou collectifs.
    • Faire preuve d’autonomie, d’initiative, de responsabilité, d’engagement et d’esprit critique dans la conduite d’un projet artistique.

    Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5) :

    • Interroger et situer œuvres et démarches artistiques du point de vue de l’auteur et de celui du spectateur.

    D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine

  • Détournement

    Détournement

    Peindre, dessiner, découper, coller, recomposer, rajouter, supprimer, mettre en scène, rejouer… Faites vôtre l’œuvre en référence !
    Vous détournerez Narcisse du CARAVAGE de son sens premier (le mythe) vers une nouvelle signification plus personnelle.

    LE CARAVAGE, Narcisse, 1598-1599, huile sur toile, 110 x 92 cm, Galerie nationale d’art ancien, Palais Barberini, Rome

    « Un jour, après la chasse, le jeune homme veut se désaltérer à une source d’eau pure, et s’éprend de son propre reflet dans l’eau. Éperdument amoureux de l’être qu’il aperçoit, il tente désespérément de saisir sa propre image, incapable de s’arracher à sa propre contemplation. »

    Ovide, Métamorphoses, livre III (légendes thébaines)

    Narcisse est un jeune homme fou amoureux de son image reflétée dans l’eau, il ne survivra pas à cet amour… Dans cette interprétation picturale, Narcisse se contemple effectivement dans l’eau, à genoux, les bras ouverts marquant les bords droit et gauche du tableau, en une composition formant un cercle avec son reflet en double inversé et dont un genou marque le centre : son genou joue un rôle de pivot dans cette composition élaborée. Bien que le mythe de Narcisse soit très ancien, les habits du personnage correspondent plutôt à l’époque du peintre qu’à l’Antiquité. Caravage s’oppose ainsi à ses prédécesseurs en faisant de Narcisse un contemporain.

    John William Waterhouse, Echo and Narcissus, 1903, huile sur toile, 109,2 cm x 189,2 cm

    Appropriation vs détournement

    L’appropriation, c’est le fait de rendre quelque chose propre à quelqu’un. « Propre », c’est-à-dire à soi, comme dans « propriété », mais aussi « approprié » comme convenable, c’est-à-dire adapté à soi. S’approprier quelque chose, c’est d’abord le prendre puis le faire sien en lui ménageant une place dans son monde, en ayant un usage, souvent exclusif, voire excluant, en le gardant, quelque part avec ou en soi.
    Opérer un détournement est une action encore plus volontaire, qui est souvent réprouvée car jugée illégitime : détournements d’avion, de fonds publics, de mineurs… Il n’y a guère que le détournement d’un cour d’eau ou de la circulation qui puissent paraître légitimes. Mais, quoi qu’il en soit, cette action « détourne du droit chemin », au propre comme au figuré, et dirige ce qui a été détourné dans un sens qui n’était pas prévu, ou souhaité, initialement.
    En art, les termes s’appliquent en général à la démarche d’artistes qui se sont appropriés des objets (ou des idées) et les ont détournés de leur fonctions. Soit pour leur donner une valeur artistique qu’ils n’avaient pas avant. Soit pour faire évoluer leur valeur artistique, par exemple quand un artiste s’appuie sur une œuvre antérieure pour élaborer son œuvre.
    Source Ludovia #12 – Célio Paillard, 2015

    18 propositions inspirées de La Baigneuse de Valpinçon (de gauche à droite, de haut en bas)

    Agrandir l’image
    1. Jean-Auguste-Dominique INGRES, La Baigneuse de Valpinçon, 1808, huile sur toile, 146 x 97 cm, Musée du Louvre, Paris
    2. Jean-Auguste-Dominique INGRES, La petite baigneuse, huile sur toile, 1828, 35 x 27 cm, Musée du Louvre, Paris
    3. Jean-Auguste-Dominique INGRES, Le bain turc, 1862, huile Toile marouflée sur bois, 108 x 108 cm, Musée du Louvre, Paris
    4. Armand Cambon, Galel, 1864, huile sur toile, 189 x 105 cm, Musée Iingres Bourdelle, Montauban
    5. Man RAY, Le Violon d’Ingres, 1924, photographie, Musée national d’Art moderne, Paris
    6. Hans Peter FELDMANN, Untitled (Alte Meister), 1978, lithographie colorée à la main
    7. Jean-Luc, GODARD, Passion, 1982, film français, 88 min
    8. Joel-Peter WITKIN, La Femme qui fut un oiseau, 1990, photographie
      « Je fis la rencontre de celle qui devint la Femme qui fut oiseau à New York. Elle assistait à un congrès d’adorateurs du corps, dénommé : s’habiller pour le plaisir.
      Je me sentais déplacé dans cette réunion puisque je n’étais vêtu ni de vinyle ni de latex. Mais j’oubliai vite mon malaise en voyant cette créature décrocher le prix du concours tailles fines et corsets.
      Lorsqu’elle et moi échangeâmes nos cartes, je lui promis une photographie qui mettrait en évidence sa taille de quarante centimètres. Elle s’engagea à poser nue. En préparant la prise de vue, je réalisai que ce modèle à la taille si fine serait encore plus mystérieux vu de dos. La montrer sans cheveux la rendrait grotesque.
      Le Violon d’Ingres de Man Ray me guida. En notre époque postromantique, ces deux clés de fa que le surréaliste appliqua sur Kiki, son modèle, pourraient devenir deux blessures, traces des ailes de la liberté qu’on lui aurait arrachées. Man Ray montre Kiki coiffée d’un turban de sérail comme un être irréel. Mon modèle est une prison de chair. » JP WITKIN
    9. Dany LERICHE, Ayaba, 1992, impression, diptyque, 186 x 133 and 186 x 30 cm
    10. YVES-SAINT-LAURENT, affiche publicitaire, 1999
    11. Valery KOSHLYAKOV, Baigneuse de Valpincon, 2004-08, plastique, carton et scotch d’emballage
    12. Stéphane LALLEMAND, La Baigneuse, 2007, photographie,
    13. Kristyna and Marek MILDE, Valpinçon Bather after Ingres, 2008, photographie
    14. Miryan KLEIN, Le Violon d’Ingres II, photographie, bulle, résine, 2009
    15. Jean-Luc MOERMAN, Sans titre (Epiphyte), 2011, encre sur papier, 130 x 100 cm
    16. Elizabeth KLEINVELD, Ode to Ingres’ Valpincon Bather, 2012, photographie
    17. MISS TIC, Femmes passives, femmes faciles elles ont bon dos, 2014, street-art, pochoir
    18. @rosesparrow, Remake Violon d’Ingres, tatouage

    Références artistiques

    • Man RAY, Le Violon d’Ingres (d’après La Baigneuse de Valpinçon d’INGRES), 1924, photographie, Musée national d’Art moderne, Paris
      La photographie nous montre Kiki de Montparnasse, alors la maîtresse de Man Ray, avec ses bras croisés si loin devant elle que son dos ressemble à la table d’un violon. Cette association est encore accentuée par les deux ouïes qui ont été rajoutées après coup à l’aide d’un pochoir. Cette photographie qui a été publiée en 1924 dans la revue Littérature était parmi les premières images qui ont apportées la preuve que le procédé photographique, apparemment lié pour toujours au réalisme, était suffisamment souple pour réaliser des images surréalistes.
      Source Centre Pompidou
    • Salvator DALÍ, Métamorphose de Narcisse, 1937, huile sur toile, 51,2 cm x 78,1 cm, Tate Modern, London
    • Joel-Peter WITKIN, Las Meninas (Self-Portrait after Velázquez), 1987, photographie, https://www.museoreinasofia.es/
    • PIERRE et GILLES, Sainte-Agathe, 1989, photographie peinte
    • Cindy SHERMAN, Untitled #224. (Carravaggio’s Sick Bacchus), 1990, photographie, https://www.moma.org/audio/playlist/261/3365
    • Douglas GORDON, 24 Hour Psycho (à partir du film Psycho d’Alfred HITCHCOCK), 1993, installation vidéo, 24h
    • Douglas GORDON, Self Portrait as Kurt Cobain as Andy Warhol as Myra Hindley as Marilyn Monroe, 1996, photographie colorée à la main
    • Vik MUNIZ, Double Mona Lisa after Warhol (Peanut Butter + Jelly), 1999, cibachrome
    • Marcos LÓPEZ, Asado en Mendiolaza, Córdoba (d’après la Cène de Léonard DE VINCI), 2001, photographie
    • Julie HOLCOMBE, Self as Narcissus (d’après LE CARAVAGE) 2003, C-print, 114 x 110 cm
    • Julie HOLCOMBE, Babel Revisited (d’après La Tour de Babel de Brueghel l’Ancien, 1563), 2004, C-print, 110 x 114 cm
    • Idris KHAN, Every… Bernd and Hilla Becher Gable Side Houses, 2004, photographie
    • Vik MUNIZ, Narcissus, after Caravaggio, 2005, cibachrome
      Vik Muniz sonde la nature et les traditions de la création d’images en utilisant des matériaux improbables pour créer des images avant finalement d’être prise en photo. La série Pictures of Junk est construite sur des peintures de dieux ou héros de la mythologie classique des maîtres anciens. Sur cette photographie, inspirée du célèbre tableau du Caravage, le héros grec Narcisse regarde son reflet dans une mare d’eau, absorbé par sa propre beauté. L’image, assemblée sur le sol d’un hangar de la taille d’un terrain de basket à la périphérie de Rio de Janeiro, est composée de décombres industriels tels que des écrous, des boulons, des bouchons de bouteilles, des canettes de soda, des pneus jetés, des brouettes, des panneaux rouillés, une voiture portes et ferraille. Vik Muniz a dirigé ses assistants – des étudiants en art des quartiers pauvres à proximité – à partir d’une plate-forme à quarante pieds au-dessus du sol. Cette traduction fantaisiste d’une image vénérable en matériaux improbables est encore plus compliquée qu’il n’y paraît à première vue.
    • Corinne VIONNET, Photo Opportunities, à partir de 2005, photographies
    • Charle WHITE, David (Everything is American), 2005, photographie
    • Bernard PRAS, La Vague (d’après HOKUSAI), 2007, anamorphose photographique
    • Gérard RANCINAN, The Big Supper (d’après la Cène de Léonard DE VINCI), 2008, photographie
    • Bernard ARCE, Narcissus – Trapped in Carravaggio, 2011, vidéo
    • Marcos VILARIÑO, The Steerage after Alfred Stieglitz 1907, photographie, figurines Lego
    • Richard UNGLIK, Le radeau de la Méduse (d’après Théodore GÉRICAULT, 1819), photographie de figurines Playmobil, exposition « L’Histoire en Playmobil », Espace Richaud, Versailles, 2019, détail en bandeau

    Questionnement(s) :

    • La représentation ; images, réalité et fiction : la narration visuelle – l’autonomie de l’œuvre d’art, les modalités de son autoréférenciation.

    Expérimenter, produire, créer (D1, D2, D4, D5) :

    • S’approprier des questions artistiques en prenant appui sur une pratique artistique et réflexive.
    • Recourir à des outils numériques de captation et de réalisation à des fins de création artistique.
    • Explorer l’ensemble des champs de la pratique plastique et leurs hybridations, notamment avec les pratiques numériques.
    • Exploiter des informations et de la documentation, notamment iconique, pour servir un projet de création.

    Mettre en œuvre un projet artistique (D2, D3, D4, D5) :

    • Faire preuve d’autonomie, d’initiative, de responsabilité, d’engagement et d’esprit critique dans la conduite d’un projet artistique.

    S’exprimer, analyser sa pratique, celle de ses pairs, établir une relation avec celle des artistes, s’ouvrir à l’altérité (D1, D3, D5) :

    • Porter un regard curieux et avisé sur son environnement artistique et culturel, proche et lointain, notamment sur la diversité des images fixes et animées, analogiques et numériques.

    Se repérer dans les domaines liés aux arts plastiques, être sensible aux questions de l’art (D1, D3, D5) :

    • Interroger et situer œuvres et démarches artistiques du point de vue de l’auteur et de celui du spectateur.

    D1 Les langages pour penser et communiquer – D2 Les méthodes et outils pour apprendre – D3 La formation de la personne et du citoyen – D4 Les systèmes naturels du monde et l’activité humaine – D5 Les représentations du monde et l’activité humaine

  • Nouvelle affectation

    Nouvelle affectation

    Le 20e siècle produit en masse des objets. Utilitaires, fonctionnels, ils répondent à des besoins précis, à un moment donné. Ils ont une valeur marchande et entrent dans les échanges économiques et, hors d’usage, démodés ou cassés, finissent au rebut, dans les décharges. Penser à l’objet, c’est penser au sujet : celui qui le désire, l’achète, l’utilise, le vend, le jette. C’est aussi penser à la beauté et à la laideur, à l’utile et à l’inutile.

    Au CDI, plusieurs pistes de recherche, sources d’inspiration peuvent être travaillées :

    • L’objet dans la nature morte.
    • L’objet et la beauté – le design.
    • L’objet comme matériau – la récupération.
    • Le détournement.

    Vous avez à proposer dans votre réalisation une réflexion (: carte heuristique, croquis, références) sur le changement de statut de l’objet, de comment un objet peut être autre chose que ce pourquoi il a été conçu.

    Références artistiques possibles :

    • Marcel DUCHAMP, Porte-bouteilles, 1914 et 1964, fer galvanisé, hauteur : 64 cm, diamètre : 42 cm
    • Henri LAURENS, La bouteille de Beaune, 1918, assemblage, bois et tôle de fer polychrome 66,8x27x24 cm
    • Raoul HAUSSMAN, Tête mécanique, 1919, marotte de coiffeur, bois et divers objets 32,5x 21×20 cm
    • Meret OPPENHEIM, Ma gouvernante, 1936, métal, chaussures, fil, papier, 14x 21×33 cm
    • Daniel SPOERRI, La douche – Détrompe l’œil, 1961, robinetterie de douche fixée sur une peinture (support panneau de bois)
    • Robert RAUSCHENBERG, Oracle, 1962-1965, installation sonore – 5 éléments montés sur roulettes, tôle galvanisée, métal, verre, bois, eau et systèmes électromécaniques (batteries, postes récepteurs, poste émetteur et haut-parleurs), dimensions variables.
    • Martial RAYSSE, Soudain l’été dernier, 1963, peinture acrylique sur toile et photographie, chapeau de paille, serviette éponge. 106x227x58 cm
    • George BRECHT, Three Arrangements (Trois installations), 1962-1973, bois peint, vinyle, métal et matériaux divers selon les objets présentés
    • Christian BOLTANSKI, Les archives de Christian Boltanski, 1989, boîtes en métal, photographies, lampes, fils électriques 270x693x35,5 cm
    • Oscar TUAZON, Tire test column, 2009, béton, pneus, grillage, contreplaqué, acier 300x80x80 cm

    *Image mise en avant d’après une photographie d’Anna Shvets – pexels.com

  • Upgrade

    Upgrade

    Comment l’objet artistique peut-il naître de la présentation d’objets quotidiens ?

    Après avoir choisi un objet usuel et l’avoir éventuellement modifié, vous proposerez un dispositif de présentation qui changera son statut de simple objet en objet artistique.

    Références artistiques possibles :

    • Marcel DUCHAMP, Foutain, 1917, céramique signée R. Mutt, 61 x 36 x 48 cm, Musée d’art moderne de San Francisco
    • André KERTESZ, La fourchette, photographie, 1923
    • Joseph CORNELL, Pharmacy, 1943, bois, papier imprimé, feuilles de métal coloré, soufre, plumes, coquillage, ailes de papillon, feuille d’aluminium, fil de cuivre, fruit, eau, peinture d’or, liège, feuilles séchées et objets trouvés, 38,7 x 30,5 x 7,9 cm
    • CÉSAR, Dauphine, 1959-1970, compression de voiture de couleur rouge vermillon sur socle auto portant, tôle compressée, MAMAC, Nice
    • ARMAN, Home Sweet Home, 1960, accumulation de masques à gaz dans une boîte fermée par un plexiglas, 160 x 140,5 x 20 cm
    • Bertrand LAVIER, Mademoiselle Gauducheau, 1981, placards métalliques peints à l’acrylique, 195 x 91,5 x 50 cm
    • Tony CRAGG, Blue Bottle, 1982, matière plastique
    • Peter FISCHLI et David WEISS, The First Blush of Morning, 1984, photographie
    • Jean-Pierre RAYNAUD, Le Pot doré, 1985, polyester stratifié et acier traité recouvert de feuilles d’or, hauteur : 3,50 m et diamètre : 3,92 m, Fondation Cartier à Jouy-en-Josas
    • Patrick TOSANI, Talon réf 100-40, 1987, photographie couleur cibachrome, 216 x 120 cm


    Photographies de la série des Talons de Patrick Tosani au Musée de la photographie contemporaine à Milan, 2016

    Objet usuel : objet de la vie quotidienne qui est d’un usage courant
    Dispositif de présentation : ensemble des éléments contribuant à la l’exposition de l’œuvre, scénographie : accrochage, éclairage, socle, cartel, etc.
    Piédestal : support assez élevé qui forme le socle d’une statue, d’une colonne, d’un élément décoratif.
    Socle : base supportant une sculpture, une statue.
    Cartel : étiquette portant l’inscription qui identifie l’œuvre.
    Scénographie : art de la mise en espace, technique liée à la mise en scène.

    Dans le domaine de l’art, le terme anglais ready-made fut utilisé pour la première fois par Marcel Duchamp, en janvier 19162, lors de son premier séjour à New York, pour désigner certaines de ses œuvres, réalisées depuis 1913. Cette année-là, Duchamp fixa sur un tabouret de cuisine une Roue de bicyclette, en même temps que, dans ses Notes, il exprimait ses doutes envers l’exercice de l’art au sens habituel du terme (« Peut-on faire des œuvres qui ne soient pas « d’art » ? »). En 1914, à Paris, Duchamp acheta un porte-bouteilles qu’il se contenta de signer. Cet objet est généralement considéré comme le premier véritable ready-made (Roue de bicyclette étant plutôt un assemblage).
    Les ready-mades soulèvent de très nombreuses questions. Par exemple, parce qu’ils n’ont pas été réalisés par l’artiste, ils rendent problématique un certain nombre de concepts, voire de certitudes, concernant la définition de l’art et le rôle de l’artiste, et plus spécifiquement les notions d’original, de savoir-faire, de virtuosité et d’œuvre.
    À partir de la fin des années 1950, certaines implications et interprétations des ready-mades ont donné une impulsion décisive à une grande partie des pratiques artistiques actuelles, qu’elles s’en réclament (comme l’art conceptuel) ou, au contraire, pour s’en défendre.
    L’idée du ready-made est évidemment la principale contribution de Marcel Duchamp à l’art du xxe siècle. Il en était d’ailleurs conscient, déclarant dans un entretien en 1962 : « Je ne suis pas du tout sûr que le concept de ready-made ne soit pas vraiment l’idée la plus importante qui ressorte de mon œuvre. »
    Source Wikipédia


    *Photographie mise en avant de Karolina Grabowska – pexels.com