Narration figurée hybride

Dans quelle mesure une image figurative peut-elle devenir un dispositif narratif en se combinant avec l’espace, le texte, la voix ou le son ?

Réalisez une production plastique qui propose un récit figuré en hybridant divers langages.

Questionnements

Le récit appartient-il encore à l’image, ou se construit-il dans l’écart entre les éléments qui la composent et l’expérience du spectateur ?

Où se construit le récit : dans l’image ou dans l’ensemble du dispositif ? Comment l’hybridation des langages transforme-t-elle le spectateur en co-constructeur du récit ?

Que produit la rencontre entre différents médiums ? Comment la narration figurée se transforme-t-elle lorsqu’elle s’hybride avec d’autres langages ?

Dans quelle mesure le récit peut-il émerger d’une organisation plastique et perceptive plutôt que d’un contenu représenté ?

Axes de travail

  • Image + image (séquence, juxtaposition, fragmentation)
    • Que se passe-t-il entre les images ?
    • Le récit est-il dans les images ou dans leur relation ?
  • Image + texte (rapport image / langage)
    • Le texte doit-il expliquer l’image ou la perturber ?
  • Image + son / voix (récit implicite, narration invisible…)
    • Que change l’ajout d’un son ou d’une voix à une image ?
  • Images dans l’espace (installation, parcours, dispositif) :
    • Que devient le récit lorsque l’image quitte son cadre ?
    • L’espace devient-il un support narratif ?
  • Image + temps / mouvement
    • Le récit dépend-il de la durée ?
  • Image + spectateur
    • Le spectateur est-il acteur ou observateur ?
    • Le récit existe-t-il sans le spectateur ?

Objectifs pédagogiques

La séquence a pour objectifs d’amener les élèves à :

  • expérimenter une narration figurée non linéaire
  • explorer l’hybridation des langages (visuel, sonore, textuel, spatial)
  • interroger la place du spectateur dans le récit
  • comprendre que le récit peut émerger d’un dispositif et non d’une illustration.

Évaluation

L’évaluation portera sur les attendus suivants :

  • diversité des expérimentations
  • cohérence de l’hybridation entre intention et dispositif
  • prise en compte
    • du spectateur
    • de la narration non illustrative.

Références artistiques possibles

  • Sophie CALLE, Suite vénitienne, 1980-1994, installation, 55 photographies noir et blanc, 3 plans de ville, 23 textes (récit autobiographique), Coll. Mudam, Luxembourg
Sophie CALLE, Suite vénitienne, 1980-1994
  • Kara WALKER, Gone, An Historical Romance of a Civil War as it Occurred between the Dusky Thighs of One Young Negress and Her Heart, 1994, cette installation murale, exposée pour la première fois lors des débuts de Walker à New York en 1994, a inauguré le médium emblématique de l’artiste : des silhouettes noires découpées (de caricatures de personnages d’avant-guerre) disposées sur un mur blanc dans des scénarios étranges, sexuels et violents. En faisant revivre la silhouette en papier découpé du 18e siècle pour critiquer les récits historiques de l’esclavage et la perpétuation continue des stéréotypes ethniques, Walker a transformé l’art en un nouveau type de peinture historique épique.
Kara WALKER, Gone, An Historical Romance of a Civil War as it Occurred between the Dusky Thighs of One Young Negress and Her Heart, 1994
  • Gilles BARBIER, L’Ivrogne, 1999-2000, installation, technique mixte et dimensions variables, Collection MAC Val, Vitry
Gilles BARBIER, L’Ivrogne, 1999-2000
  • Bill VIOLA, The Raft, 2004, installation vidéo. La vidéo ralentie étire, dilate la scène et en renforce l’intensité dramatique. Le récit devient une expérience sensorielle pour le spectateur.
Bill VIOLA, The Raft, 2004, vidéo
  • Chantal AKERMAN, Je, tu, il, elle, l’installation, 2007, multi projection vidéo sonore, 60 min en boucle, conçue à partir de Je, tu, il, elle (1974 / film en 35mm / noir et blanc / 86 min), Fondation Chantal Akerman, vue de l’installation à la galerie Marian Goodman, 2021
Chantal AKERMAN, Je, tu, il, elle, l’installation, 2007
  • Christian MARCLAY, The Clock, 2010, installation vidéo. Le récit est reconstruit (fragments filmiques) par la durée vécue du temps réel.
Christian MARCLAY, The Clock, 2010
  • William KENTRIDGE, More Sweetly Play the Dance, 2015,  installation, vidéo 8 canaux haute définition, 15 min, avec quatre porte-voix, chaises et tabourets, dimensions variables. Le récit se construit entre les images et à travers leur transformation dans le temps.
  • Philippe PARRENO, Speech Bubbles (Gold), 2009, ballons en mylar gonflés à l’hélium, et Fireflies, 2012-2016, encre sur papier, dimensions variables, Coll. Eleanor Heyman Propp, vue de l’exposition A Time Coloured Space (2017) au Serralves Museum of Contemporary Art, Porto
Philippe PARRENO, A Time Coloured Space, 2017
  • Raymond PETTIBON, exposition TH EXPLOSIYV SHOYRT T (juin 2017) à la galerie David Zwirner, New York
Raymond PETTIBON, TH EXPLOSIYV SHOYRT T, 2017
  • Pierre HUYGHE, Untilled / After ALife Ahead, 2017, patinoire abandonnée : sol en béton, sable, argile, eau phréatique, aquarium, verre commutable noir, ammoniac, bactéries, algues, incubateur, abeilles, cellules cancéreuses humaines, algorithme génétique, réalité augmentée, jeu de logique, structure de plafond automatisé, pluie, Ehemalige Eissporthalle an der Steinfurterstraße 113 – 115, 48149 Münster. Sol défoncé et lambeaux de béton composent un paysage archaïque, où survivent quelques abeilles et herbes folles. Invité à errer entre ces collines de boue, le visiteur se prend à imaginer au monde de demain. Ce lieu abandonné reprend vie par la grâce de l’artiste. Une vie certes cryptée, à peine perceptible, mais indéniable. 
Pierre HUYGHE, Untilled / After ALife Ahead, 2017
  • Tacita DEAN, Quarantania, 2018, sept panneaux, photogravure couleur, ensemble : 247 x 757 cm
Tacita DEAN, Quarantania, 2018

Champ des questionnements plasticiens

Domaines de l’investigation et de la mise en œuvre des langages et des pratiques plastiques : outils, moyens, techniques, médiums, matériaux, notions au service d’une création à visée artistique

La figuration et l’image ; la non-figuration

  • Conjuguer ou hybrider les espaces de la figuration narrative avec le lieu, le texte, la voix, le son, le mouvement
    • Narration figurée, supports et langages : intégration sur différents supports, dans l’espace, association avec l’écrit et la voix
    • Temps et mouvement de la figuration : dispositifs séquentiels, simultanéité, enchaînement, temps représenté ou ressenti