En quoi les choix et les modalités d’utilisation de la matière, au cœur d’une démarche artistique, déterminent-ils la forme de l’œuvre et participent-ils à la construction de son sens ?
Réalisez une production plastique bi ou tridimensionnelle ou une installation qui mettent en jeu la matière de l’œuvre.
Questionnements
Comment la transformation de la matière, notamment par le geste, peut-elle produire du sens et rendre visible le processus de création dans l’espace ? En quoi le corps de l’artiste et ses gestes participent-ils à la construction de l’œuvre ?
Dans quelle mesure les propriétés physiques et symboliques des matériaux influencent-elles la création artistique ?
Comment, à travers une démarche artistique, la transformation de l’espace par l’œuvre engage-t-elle une nouvelle relation sensible et perceptive du spectateur à la matière ? Dans quelle mesure la mise en espace de la matière, au cœur d’une démarche artistique, redéfinit-elle les interactions entre œuvre, corps du spectateur et matériaux ?
Objectifs pédagogiques
La séquence a pour objectifs d’amener les élèves à :
- explorer les propriétés de la matière : texture, résistance, fluidité, transparence, poids, fragilité…
- expérimenter des transformations : plier, déchirer, assembler, superposer, étirer…
- engager le corps dans la production : gestes amples, répétitifs, contraintes physiques… Et rendre visible le processus : traces, accumulations, marques d’actions
- penser les interactions entre les matériaux et l’espace : installation in situ, circulation du spectateur.
Références artistiques possibles
- Marcel DUCHAMP et Man RAY, Élevage de poussière, 1920, photographie. Marcel Duchamp a laissé la poussière s’accumuler sur son œuvre Le Grand Verre ; Man Ray photographiera cette surface.

- Kazuo SHIRAGA, Sans titre (Planète nature), 1960, huile sur toile, 161,5 x 130 cm, Centre Pompidou, Paris

La matière en art n’est jamais neutre : elle engage toujours du sens.
- Piero MANZONI, Merda d’artista, 1961, boîte en fer-blanc, papier, 5 cm Diamètre : 6,5 cm, Cebntre Pompidou, Paris

- Alberto BURRI, Rosso Plastica M2, 1962, matières plastiques brûlées sur toile, 120 x 180 cm, Musée Guggenheim, New York. La destruction devient construction plastique, la matière est à la fois support et sujet.

- Bernar VENET, Tas de charbon, 1963, tas composé d’environ cinq tonnes de charbon anthracite, « Le but était de montrer un tas. Librement posé sur le sol, donc sans forme spécifique et obéissant aux lois de la gravité. Que l’on installât une tonne ou deux de charbon, qu’on le plaçât au centre d’une pièce, dans un coin ou contre un mur, qu’il fût relativement haut ou assez plat, ces considérations n’avaient aucune importance. […] Le charbon, posé librement en tas, libérait la sculpture des a priori de la composition imposée par l’artiste. ».

- Barry FLANAGAN, Casb 1’67, 1967, sac tronconique rempli de sable et érigé sur une base circulaire, toile et fil de coton, sable, bois, hauteur : 260 cm, diamètre : 52 cm

- Michelangelo PISTOLETTO, Venus of the Rags (Vénus aux chiffons), 1967, reproduction d’une statue grecque en plâtre (Vénus Callipyge), tas multicolore de vêtements jetés, 150 × 280 × 100 cm, vue de l’installation au Castello di Rivoli Museo d’Arte Contemporanea, Rivoli-Torino

- Robert SMITHSON, Glue Pour, 1969, œuvre (éphémère) in situ (Vancouver), bidon de colle épaisse versée sur un talus de terre, photographie couleur de Robert Smithson

- Robert MORRIS, Wall Hanging, 1969-1970, Tenture de la série Felt Piece (Feutre découpé), 250 x 372 x 30 cm, vue de l’exposition Structures of Radical Will (2021) à la Fondation CAB à Saint-Paul de Vence

- Eva HESSE, Seven Poles, 1970, l’œuvre, réalisée entre le début du mois de mars et la mi-mai, a été présentée pour la première fois à New York au Owens-Corning Fiber Glass Center le 14 mai 1970. Sept éléments suspendus au plafond et dont la base repose sur le sol : résine, fibre de verre, fils d’aluminium, polyéthylène, 272 × 240 cm, hauteur de chaque élément : de 188 cm à 282 cm, circonférence de chaque élément : de 25,5 cm à 45,5 cm, l’espace au sol occupé par l’installation est variable.

- CÉSAR, Expansion no14, 1970, coulée de polyuréthane expansé (César la verse, elle gonfle, déborde, se fige), stratifié et laqué, 100 x 270 x 220 cm. En 1965, l’artiste découvre la mousse de polyuréthane qui, travaillée et versée librement, s’étend et gonfle dans des proportions étonnantes. Les premières expansions, réalisées en public à l’occasion de happenings, sont découpées en morceaux, distribués à l’assistance. En 1970, César recherche un procédé qui permette de pérenniser les expansions alors que la fragilité du matériau s’y prête mal. Il recouvre la mousse de polyuréthane successivement d’une couche de résine de polyester, de laine de verre et de laque acrylique. La surface, poncée et vernie, lisse et nacrée, à l’image de l’Expansion no14, semble vouloir préserver quelque chose de la fragilité initiale de la matière.

- Lynda BENGLIS, Wing, 1970, coulée de fonte d’aluminium, 170,2 × 150,5 × 152,4 cm, Coll. Cheim & Read, New York

- Annette MESSAGER, Les Pensionnaires, 1971-1972, installation, verre, métal, oiseaux empaillés (moineaux domestiques), mine de plomb, plumes, papier, laine, photographie, drap de coton, ampoule électrique, dimensions variables, Centre Pompidou, Paris

- Giuseppe PENONE, Soffio 6 (Souffle 6), 1978, terre cuite, 158×75×79 cm, Centre Pompidou, Paris

- CHRISTO et JEANNE-CLAUDE, Surrounded Islands, Project for Biscayne Bay, Greater Miami, Florida, 1980-1983, installation in situ

- Richard SERRA, Tilted Arc, 1981 (retirée en 1989), plaque en acier Corten de 37 m de long sur 3,70 m de haut, Foley Federal Plazza, Manhattan, New York . Cette sculpture monumentale en acier, installée en plein New York, transformait radicalement l’espace urbain en bloquant le passage et la vue. Œuvre polémique sur l’intégration de l’art dans l’espace public et la relation avec les habitants.

- Mario MERZ, Triplo Igloo, 1984, aluminium, acier, verre cassé, serres et argile, 2,79 x 6,36 m, Collection Musée d’art contemporain de Montréal

- Wolfgang LAIB, Pollen de noisetier, 1986, pollen de noisetier tamisé au sol, 230 × 260 cm, CAPC, Bordeaux

- Jana STERBAK, Vanitas : robe de chair pour albinos anorexique, 1987, robe de viande, viande de bœuf crue cousue sur mannequin en métal, photographie couleur, Centre Pompidou, Paris

- ORLAN, La Réincarnation de Sainte-Orlan, 1990-1993, performance, The Reincarnation of Saint-Orlan ou images-nouvelles images / 6ème Opération-Chirurgicale-Performance au Cirque Divers à Liège, dite Corps sans organes, Belgique, février 1992, performance, le corps au travers plusieurs opérations chirurgicales devient le support d’une construction culturelle interrogeant les normes de sa (re)présentation.

- Cornelia PARKER, Cold Dark Matter: An Exploded View, 1991, fragments d’un cabanon explosé par l’armée britanique, ampoule, dimensions variables, Coll. Frith Street Gallery, Londres – explosion suspendue

- Jannis KOUNELLIS, Untitled, 1993, installation Documenta 14 à Kassel, charbon de bois, sacs et acier, 270 × 250 cm, Collection National Museum of Contemporary Art, Athènes. La matière garde son poids réel, sa physicalité.

- Ernesto NETO, We stopped just here at the time, 2002, installation, lycra, clou de girofle, curcuma, poivre, 450 x 600 x 800 cm (dimension minimale de l’installation). We Stopped Just Here At The Time est ainsi constituée d’une toile accrochée au plafond, en tissu souple et transparent, dont certaines parties, remplies d’épices aux couleurs chaudes, pendent comme des grappes. Si les diverses épices (clou de girofle, cumin, poivre et curcuma…) emplissent et structurent les formes de cette sculpture, elles lui confèrent aussi sa dimension d’installation multi-sensorielle. Ces formes voluptueuses, les couleurs vives et les parfums diffusés, sollicitent le regard et l’odorat. Elles invitent le visiteur à dépasser la hiérarchie de la perception qui place conventionnellement le regard au premier plan.

- Anish KAPOOR, My Red Homeland, 2003, peinture à la cire et à l’huile, bras en acier, moteur, 12 m de diamètre, vue de l’installation au Kunsthaus Bregenz (2003). La matière est en mutation constante, presque vivante.

- Anselm KIEFER, Die Erdzeitalter (Ages of the World), 2014, installation, toiles, peinture, tournesols, plomb, photographies, roches, décombres, collages : gouache et charbon sur papier photographique et toile, H. 4 m, Musée d’Israël, Jérusalem

Doris SALCEDO, Uprooted, 2020–2022, 804 arbres morts et acier, vue de l’installation, 650 x 3000 x 500 cm, 15e Biennale de Sharjah, Kalba Ice Factory, Sharjah Art Foundation, 2023

Andy GOLDSWORTHY, Colebrook Quarry Rain Shadow.Tasmania 28 February 2024, 6 photogrammes tirés de la vidéo du même nom (: performance filmée in situ à Colebrook, Tasmanie, Australie), Museum of Old and New Art (MONA) de Tasmanie

À retenir
- La matière porte une mémoire et un sens.
- L’œuvre est le résultat d’un processus chimique en cours.
- L’espace devient également matériau.
Champ des questionnements plasticiens
Domaines de l’investigation et de la mise en œuvre des langages et des pratiques plastiques : outils, moyens, techniques, médiums, matériaux, notions au service d’une création à visée artistique
La matière, les matériaux et la matérialité de l’œuvre
- Donner forme à la matière ou à l’espace, transformer la matière, l’espace et des objets existants
- Les propriétés de la matière, des matériaux et les dimensions techniques de leur transformation : repérer et exploiter les qualités (physiques, plastiques, techniques, sémantiques, symboliques…) des matériaux pour créer en deux ou trois dimensions…
- La relation du corps à la production artistique : corps de l’auteur, gestes et instruments, lisibilité du processus de production
- L’objet et l’espace comme matériau en art : intégration, transformation, détournement, incidence de l’échelle sur la mobilisation des matériaux…

