Art, sciences et technologies : dialogue ou hybridation

Questionnements artistiques transversaux

  • Assimilation, appropriation, réorientation de connaissances scientifiques et de technologies pour créer 
  • Collaborations entre artistes et scientifiques, connaissances en partage, influences réciproques 
  • L’artiste chercheur, ingénieur, inventeur, explorateur.

L’art, les sciences et les technologies sont traditionnellement perçus comme des domaines distincts, voire opposés : les sciences cherchent à produire une connaissance objective du réel à partir de méthodes rationnelles et vérifiables, les technologies mettent ces savoirs au service d’usages pratiques et fonctionnels, tandis que l’art se définit par une création libre de formes sensibles et symboliques, sans finalité utilitaire. Cette distinction, pourtant, n’a rien d’évident ni d’immuable. À l’Antiquité et surtout à la Renaissance, art et science participaient d’une même volonté de compréhension et de représentation du monde, incarnée par la figure du « génie universel », tel Léonard de Vinci, pour qui observer, expérimenter et créer relevaient d’une démarche commune.

À partir des 18ᵉ et 19ᵉ siècles, la science s’institutionnalise, se spécialise et se professionnalise, affirmant son autonomie et contribuant à une séparation progressive avec l’art. Le 20ᵉ siècle semble renforcer cette dissociation, même si les avancées techniques continuent d’influencer les pratiques artistiques. Cependant, cette frontière est aujourd’hui remise en question. À la fin du 20ᵉ siècle et plus encore au 21ᵉ siècle, les séparations entre art, sciences et technologies deviennent de plus en plus poreuses, au point de susciter de nouvelles formes de dialogue, voire d’hybridation.

Brandon BALLENGÉE (1974), Collapse, 2010-2012, installation, 26 162 spécimens préservés dans une solution de conservation, disposés en pyramide, représentant 370 espèces de poissons et autres organismes aquatiques collectés sur la côte du Golfe du Mexique et disposés en fonction de la place qu’ils occupent dans la chaîne alimentaire – Vue de l’exposition The Sea of Lost Children 2025 au Arts Center de Gavelston (Texas, États-Unis) à l’occasion de la 15e commémoration de la marée noire du DWH ayant affectée les côtes du Golfe

Les progrès scientifiques et technologiques — numérique, biotechnologies, robotique, intelligence artificielle, réalité virtuelle — offrent aux artistes non seulement de nouveaux médiums ou outils, mais aussi de nouveaux modes de pensée et de création. En s’appropriant des images scientifiques, en détournant des protocoles expérimentaux ou en collaborant avec des chercheurs, les artistes transforment l’œuvre en un processus, parfois évolutif ou autonome, intégrant le hasard, le vivant ou la machine. Dès lors, l’artiste ne se contente plus de produire un objet fini, mais met en place des systèmes dont le résultat peut lui échapper.

Cette hybridation modifie en profondeur les conditions de la création artistique : l’artiste devient co-auteur avec des dispositifs techniques ou des formes de vie, le spectateur est appelé à participer activement à l’œuvre, et celle-ci se définit moins comme un objet à contempler que comme une expérience à vivre. L’art contemporain interroge ainsi de manière critique notre rapport au corps, à la nature, à la technologie et à l’identité humaine, dans un monde profondément transformé par les sciences et les technologies.


*Image mise en avant : Marilène OLIVER (1977), My Data Body (2021) installation collaborative et multimédia qui comprend des sculptures, des projections vidéo, des impressions et de la réalité virtuelle