Mixed media : une œuvre hybridée

Le terme mixed media est souvent utilisé pour désigner des œuvres combinant plusieurs techniques.

Mais cette appellation suffit-elle à rendre compte de ce qui se joue lorsque les médiums se transforment, se frictionnent, de l’intention de l’artiste ?

Vous chercherez à dépasser cette notion pour interroger la nature même de l’hybridation.

Vous réaliserez une œuvre plastique hybride en combinant au minimum deux techniques ou médiums de nature différente, voire antagoniste.

Vous devrez les confronter sans hiérarchie, en acceptant que l’une perturbe, altère ou fasse échouer l’autre. Il ne s’agit pas de maîtriser parfaitement les techniques, mais de mettre en crise leur usage habituel.

L’hybridation ne devra pas être simplement additive (juxtaposition), mais pensée comme une interaction ou une transformation réciproque des techniques.

Votre production plastique devra interroger au choix :

  • La frontière entre les médiums : quand une technique en modifie une autre
  • La trace du geste face aux procédés mécaniques ou numériques
  • Le statut de l’image ou de l’objet dans une œuvre hybride.

Vous produirez un dispositif réflexif au choix :

  • carnet de recherche visuel
  • protocole annoté
  • journal d’échecs.

Questionnements

Quelle est la place des évolutions techniques, de leur hybridation dans héritage historique de l’art ? Comment l’hybridation de techniques traditionnelles et contemporaines peut-elle devenir un moyen d’interroger le statut de l’œuvre, du geste artistique et du médium aujourd’hui ?

L’hybridation des techniques est-elle un simple outil formel ou devient-elle un langage critique du monde contemporain ? Quand les techniques entrent en conflit, l’artiste est-il encore auteur ou devient-il médiateur d’un processus ?

Références artistiques possibles

Léonard de VINCI (1452-1519), Carnets, (1487-1508), 1 656 pages illustrées, dessin, écriture, schéma scientifique (: hybridation entre art, science et pensée visuelle). Le musée londonien Victoria et Albert possède cinq carnets de Léonard de Vinci, et en a publié deux sous une forme scannée en haute résolution.

Léonard de VINCI, Codex Forster I (National Art Library, Museum no. MSL/1876/Forster/141/I)

Edgar DEGAS (1834 – 1917), Petite danseuse de quatorze ans, 1875-1880, sculpture en bronze, rehaussée d’un véritable tutu en tulle et d’un ruban de satin rose dans les cheveux. Le socle est en bois. Elle mesure 98 × 35,2 × 24,5 cm. L’œuvre est présentée lors de l’exposition en 1881 protégée par une cage de verre, aujourd’hui conservée au musée d’Orsay.

Edgar DEGAS, Petite danseuse de quatorze ans, 1875-1880

Georges BRAQUE (1882-1963), Violon et pipe (le Quotidien), 1913, papiers collés, 74 x 106 cm, MNAM, Paris

Georges BRAQUE, Violon et pipe, le Quotidien, 1913

Pablo PICASSO (1881-1973), Nature morte à la chaise cannée, 1912, toile cirée, 29 x 37 cm, Musée Picasso, Paris

Pablo PICASSO, Nature morte à la chaise cannée, 1912

Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918), La Mandoline, l’Œillet et le Bambou 1914-1945, calligramme de la série Étendards (1914/1915), encre sur 3 morceaux de papier, 27,5 x 21 cm, MNAM

Guillaume APOLLINAIRE, La Mandoline, l’Œillet et le Bambou, 1914-1945

Kurt SCHWITTERS (1887-1948), Merzbild Rossfett, 1919, tableau-relief, bois, journaux, ferraille, dentelle, carton, clous, 20,4 x 17,4 cm, Collection privée

Kurt SCHWITTERS, Merzbild Rossfett, 1919

Robert RAUSCHENBERG (1925-2008), Monogram, 1955-1959, peinture à l’huile, papier imprimé, reproductions imprimées, métal, bois, talon en caoutchouc et balle de tennis sur toile, avec huile sur chèvre angora et pneu sur socle en bois monté sur quatre roulettes, 106,6 × 160,6 × 163,8 cm, Moderna Museet, Stockholm – https://sis.modernamuseet.se/objects/1325/monogram

Robert RAUSCHENBERG, Monogram, 1955-1959

Nam June PAIK (1932-2006), TV Buddha, 1974, installation, écran de télévision, caméra vidéo, Bouddha en bois peint, trépied, socle, Buddha : 75 × 36 × 36 cm, moniteur : 32 × 32 x 32 cm, vue de l’exposition, Tate Modern, 2019 – Collection Stedelijk Museum, Amsterdam

Nam June PAIK, TV Buddha, 1974

Jean-Michel BASQUIAT (1960-1988) et Andy WARHOL (1928-1987), 6,99, 1984, acrylique et bâton d’huile sur toile, 297 x 410 cm, Collection Nicola Erni


Jean-Michel BASQUIAT et Andy WARHOL, 6,99, 1984

David HOCKNEY (1937), Une chaise, jardin du Luxembourg, Paris, 10 août 1985, photocollage, 110,5 x 80 cm, Coll. de l’artiste.
L’image de la chaise est fragmentée en perspective inversée. La représentation de l’objet se décompose en plusieurs axes de vue et d’approche dans le plus bel héritage du cubisme. Ainsi, « la chaise » ne se divise pas, mais plutôt elle se partage en pliages multi-directionnels.

David HOCKNEY, Une chaise, jardin du Luxembourg, Paris, 10 août 1985

Sigmar POLKE (1941-2010), Jeux d’enfants, 1988, peinture acrylique et encre d’imprimerie sur tissu synthétique, 225 × 300 cm, Centre Pompidou, Paris. Tout au long de sa carrière de peintre, Sigmar Polke a expérimenté différentes techniques, styles et sujets, n’hésitant pas à manipuler des images existantes, notamment pour créer un dialogue avec l’histoire. Il reprend ici le détail d’une gravure anonyme contre-révolutionnaire dénonçant les massacres perpétrés à Paris en 1792 après la chute de la monarchie. En convoquant une iconographie liée à des événements traumatiques de l’histoire, le peintre invite le spectateur à s’interroger sur le pouvoir de la représentation.

Sigmar POLKE, Jeux d’enfants, 1988

Shinro OHTAKE (1955), Scrapbook #65, 2005-2010, livre d’artiste, techniques mixtes, 28,9 kg, 895 pages, 54 × 47 × 80 cm – https://www.takeninagawa.com/en/artists/7791/

Shinro OHTAKE, Scrapbook exposé à The Encyclopedic Palace: The 55th Venice Biennale, 2010

Eva & Franco MATTES (0100101110101101.org), Portraits, 2006-2007, accrochages d’œuvres numériques : photos d’avatars extraites du jeu vidéo Second Life imprimées sur toile (détournement entre réel et virtuel), Fotomuseum Winterthur, Suisse

Eva & Franco MATTES, Portraits, 2006-2007

Hito STEYERL (1966), Red Alert, 2007, installation multimédia, vidéo numérique pour trois écrans, couleur, silencieux, écran 30 pouces. L’œuvre se compose de trois écrans d’ordinateur n’affichant qu’une seule image vidéo monochrome: la couleur que la Sécurité intérieure américaine utilise comme niveau de menace terroriste le plus élevé.
Issue de l’univers du documentaire, cinéma-vérité par excellence, Hito Steyerl cherche le point limite du médium, là où la représentation confine à l’abstraction. Le rouge a ici valeur polysémique : citation du triptyque Pure Red Color, Pure Blue Color, and Pure Yellow Color que RODCHENKO considérait comme la fin de la peinture, il renvoie en même temps à la signalisation publique de l’état d’urgence en cas de menace terroriste. En sonnant la Red alert, l’artiste allemande cherche à réactiver l’urgence symbolique d’un signal qui fut un temps une icône de l’abstraction mais aussi une irréductible trace du sacré.

Vue de l’exposition à la Kunsthalle de Winterthur, Suisse, 2008

Vic MUNIZ (1961), Marat, Sebastião, Pictures of garbage, 2008, C-Print, 230 x 180 cm, Coll. de l’artiste. « Les déchets, c’était une idée intéressante parce que la poubelle, les ordures, c’est tout ce que l’on ne veut pas regarder ». 

Vic MUNIZ (1961), Marat, Sebastião, Pictures of garbage, 2008

Maurizio CATTELAN (1960), vue de l’installation de l’exposition Maurizio Cattelan: All, au Solomon R. Guggenheim Museum, New York, November 4 nov. 2011 – 22 Janv. 22, 2012. La particularité de cette exposition est que tout est suspendu au plafond de la salle centrale du musée. Quiconque monte les escaliers passera devant toutes les œuvres de l’artiste.

https://www.guggenheim.org/exhibition/maurizio-cattelan-all

William KENTRIDGE (1955), More Sweetly Play the Dance, 2015, installation vidéo 8 écrans HD avec 4 mégaphones, 15 min, Courtesy William Kentridge
Danser, défiler, marcher, ne jamais s’arrêter… Puisant sa magie dans le dadaïsme et le cinéma de Méliès, William Kentridge évoque depuis trois décennies l’histoire tragique de son pays, l’Afrique du Sud, dans des créations mixant vidéo, dessin au fusain, danse et performance. Une fresque poétique et politique enfin honorée d’une rétrospective à sa démesure.

William KENTRIDGE, More Sweetly Play the Dance, 2015

Pierre HUYGHE (1962), Untilled / After ALife Ahead, 2017, patinoire abandonnée : sol en béton, sable, argile, eau phréatique, aquarium, verre commutable noir, ammoniac, bactéries, algues, incubateur, abeilles, cellules cancéreuses humaines, algorithme génétique, réalité augmentée, jeu de logique, structure de plafond automatisé, pluie, Ehemalige Eissporthalle an der Steinfurterstraße 113 – 115, 48149 Münster.
Pierre HUYGHE a choisi d’investir une étonnante patinoire en ruine, pour un projet qui fera date. Sol défoncé et lambeaux de béton composent un paysage archaïque, où survivent quelques abeilles et herbes folles. Invité à errer entre ces collines de boue, le visiteur se prend à imaginer au monde de demain. Ce lieu abandonné reprend vie par la grâce de l’artiste. Une vie certes cryptée, à peine perceptible, mais indéniable. Ainsi un aquarium héberge-t-il ici un mollusque vénéneux, dont les motifs de la coquille génèrent une sorte de partition. C’est elle qui commande l’ouverture et la fermeture des puits de lumière. D’autres recueils de données de ce microcosme mortuaire commandent à leur tour son biorythme, comme ces cellules cancéreuses cachées dans un incubateur (Cf. processus autonomes, hybridation du vivant et du dispositif). Source Beaux-Arts magazine

Pierre HUYGHE, Untilled / After ALife Ahead, 1917, installation

Ana Teresa BARBOZA (1981), Paraíso, 2019, photographies numériques sur papier de coton, tissu en fil de coton, laine de mouton et d’alpaga, 122×92 cm – https://www.anateresabarboza.com

Ana Teresa BARBOZA, Paraíso, 2019

Anicka YI (1971), Metaspore, 2022, installation olfactive et biologique, 3 vues de l’exposition au Pirelli HangarBicoca, Milan, Italie. L’artiste interroge les frontières entre naturel et synthétique, humain et non humain, matérialité et immatérialité (Hybridation sensorielle radicale).

Anicka YI, Metaspore, 2022, installation olfactive et biologique, vue de l’exposition au Pirelli HangarBicoca, Milan, Italie

Sylvie SELIG (1941), Weird Family, 2006-2022, sculptures, matériaux divers, vue de l’exposition à la 16e Biennale de Lyon, 2022, Catch me if you can, Once were all birds… et Hey! Mister Nobody! Watch me fall into oblivion, 3 dessins brodés sur lin (https://www.instagram.com/sylvie__selig/)

Weird Family, vue de l’exposition Manifesto of fragility, 16e Biennale de Lyon, 2022
Catch me if you can, Once were all birds… et Hey! Mister Nobody! Watch me fall into oblivion, vue de l’exposition Manifesto of fragility, 16e Biennale de Lyon, 2022

Thomas HIRSCHHORN (19), LAST CHANCE: What can we learn from History of Art, for today’s understanding?, 2024, vue de l’exposition à la Galerie Chantal Crousel, Paris (#matières pauvres / #concepts complexes)

Thomas HIRSCHHORN, LAST CHANCE: What can we learn from History of Art, for today’s understanding? 2024

Champ des questionnements plasticiens

Domaines de l’investigation et de la mise en œuvre des langages et des pratiques plastiques : outils, moyens, techniques, médiums, matériaux, notions au service d’une création à visée artistique

La représentation, ses langages, moyens plastiques et enjeux artistiques

  • Jouer avec les procédés et les codes de la représentation, affirmer des intentions
    • Rapport au réel : mimesis, ressemblance, vraisemblance et valeur expressive de l’écart.
  • Détourner, réinventer, croiser les modalités et les visées du dessin
  • Faire dialoguer ou métisser diverses conceptions de la représentation

La matière, les matériaux et la matérialité de l’œuvre

  • Créer avec le réel, intégrer des matériaux artistiques et non-artistiques dans une création
    • Les propriétés de la matière, des matériaux et les dimensions techniques de leur transformation :caractéristiques et qualités (physiques, plastiques, techniques, sémantiques, symboliques) des matériaux, de la matière colorée
    • Élargissement des données matérielles de l’œuvre : intégration ou détournement du réel, matériaux artistiques et a priori non-artistiques, lumière naturelle ou artificielle

Un questionnement artistique transversal

L’œuvre et la pluralité de ses formes et statuts

  • Formes traditionnelles, objets manipulables, installations, idées…

*Image mise en avant : détail de Small Retina (2024) de Shinro OHTAKE, 26,7 × 20,6 cm, mixed media, Coll. particulière