Vous expérimenterez différentes techniques de gravure — collagraphie, monotype ou linogravure, puis vous réaliserez une estampe intégrant un frottis ou l’empreinte d’un élément réel. L’hybridation avec une autre technique devra renforcer l’expression personnelle et enrichir la lecture de l’image, entre empreinte du réel et interprétation sensible.
Questions
Que révèle la technique de votre rapport au réel : effacement, simplification, intensification, abstraction ? Comment votre geste, qui est unique en monotype et répétitive en linotype, modifie-t-elle l’image ?
Dans quelle mesure le mode de production d’une image peut-il lui donner un statut particulier ? En quoi le processus de création peut-il faire œuvre ?
Qu’est-ce que l’œuvre originale dans le contexte de la création de multiples ?
En quoi la diffusion de l’œuvre d’art peut-elle être un moyen pour soutenir une cause ?
Objectifs pédagogiques
La séquence a pour objectifs d’amener les élèves à :
- développer sa culture personnelle en s’ouvrant à des créations dans le domaine de la gravure
- s’interroger sur la notion de multiple dans un processus de création et sur son incidence dans la présentation de l’œuvre
- s’éprouver dans une démarche de création ; développer la prise d’initiative et l’autonomie en situation de pratique ouverte
- situer sa pratique, ses intérêts et ses goûts personnels ; développer des compétences critiques.
Méthodologie
Cette séquence de pratique exploratoire propose une réflexion sur la création d’une image unique vers la manipulation de la matrice pour créer des images multiples…
Vocabulaire
- Copie : imitation, reproduction, plagiat.
- Collagraphie : technique de gravure, apparue dans les années 1930 et 1940, basée sur le collage, pouvant utiliser plusieurs matériaux.

- Démarche : manière employée pour aboutir à un résultat ; ensemble des choix successifs qui accompagnent la conception, la réalisation et la création.
- Estampe : art permettant de reproduire un dessin mécaniquement, en un certain nombre d’exemplaires appelés épreuves, à partir d’une plaque – qui sera encrée – de bois creusée (estampe japonaise), de cuivre (gravure : pointe sèche, taille-douce, eau-forte, aquatinte), de pierre calcaire (lithographie).
https://www.lecoindesarts.com/fr/definition-estampe
| Taille d’épargne | Taille-douce | À plat | Au pochoir/ écran | |
|---|---|---|---|---|
| Technique | gravure sur bois, linogravure | gravure sur métal, pointe-sèche, eau-forte, aquatinte | lithographie, offset | sérigraphie |
| Matrice | bois, linoléum | cuivre, zinc, plastique | pierre, zinc, aluminium | soie, nylon |
| Outil | couteau, gouge, burin | poinçon, burin, acide | crayon, pinceau | écran |
| Presse | presse typographique, cuillère, pressoir manuel | presse typographique, presse à taille-douce | presse lithographique | raclette manuelle ou mécanique |
- État : forme différente d’une estampe, causée par un changement délibéré et permanent effectué sur une matrice telle qu’une plaque de cuivre ou un bloc de bois.
- Impression : marque laissée par un objet ou un matériau sur un autre devenant support (en peinture) ou par de la lumière sur une surface photosensible (photographie, cinéma) ; opération qui consiste à répéter un motif sur un support (tissu).
- Mème : élément culturel reconnaissable, reproduit et transmis par l’imitation du comportement d’un individu par d’autres individus.
- Motif : thème ou ornement qui, le plus souvent, se répètent, mais peuvent également varier (couleurs, tailles, effets).
- Multiple : se dit d’une œuvre produite en série comme une sérigraphie, une gravure, une lithographie, une photographie, un moulage ou un bronze.
- Original : œuvre unique, contraire de multiple.
- Pochoir : outil fabriqué par évidage d’une surface plane pour délimiter une zone d’intervention avec de la peinture ou reproduire une même forme en plusieurs exemplaires. L’usage du pochoir (stencil en anglais) se développe dans le cadre du street art.
- Polyptyque : œuvre réalisée sur plusieurs panneaux assemblés pour former une suite.
- Réplique : copie plus ou moins fidèle d’une œuvre d’art, anciennement exécutée dans la tradition de l’original.
- Reproduction : copie à l’identique ou ressemblante d’un original (peinture, image, sculpture, etc.) en un ou plusieurs exemplaires.
- Série : ensemble ou suite d’éléments de même nature ou possédant des points communs ; émission télévisée diffusée en plusieurs épisodes formant chacun une unité.
- Sérigraphie : procédé mécanique de reproduction d’images, dérivé du pochoir. Impression par report photosensible sur toile émulsionnée.
Références artistiques possibles
Albrecht DÜRER (1471-1528), Melencolia, 1514, gravure sur cuivre au burin, 23,9 × 16,8 cm, Städel Museum, Francfort-sur-le-Main, Allemagne

REMBRANDT (1606-1669), Les Trois Croix, 1653, eau-forte.
Ici, l’état III / IV datant de 1653. On pense que l’état IV date de 1660 et est très différent, Rembrandt l’ayant grandement retravaillé, en ayant notamment nettement assombri la composition. L’état III est facile à identifier, étant le seul à posséder une signature visible.

Camille PISSARO (1830-1903), Femme arrangeant ses cheveux, 1894, Monotype in black and red inks on wove paper, 17.8 x 12.5 cm, The Metropolitan Museum of Art, New York

Edgar DEGAS (1834-1917), Femme mettant ses bas, 1879, monotype à l’encre noire, 15,9 × 11,8 cm, collection Mary Cassatt, conservé au musée du Louvre. Figure majeure du monotype, Edgar Degas explore la transparence, l’obscurité, la suggestion du mouvement, souvent complétée au pastel.

Edvard MUNCH (1863-1914), Melancholy II, 1898, gravure sur bois en couleurs, rehaussée à la main sur papier brun, montée sur carton léger

Erich HECKEL (1883-1970), Stralsund, 1912, estampe, gravure sur bois, 30,2 × 36,4 cm, Staatliche Kunsthalle Karlsruhe, Karlsruhe, Allemagne

Karl SCHMIDT-ROTTLUFF (1884-1976), Mutter (Mère), extrait du portfolio Zehn Holzschnitte von Schmidt-Rottluff, 1916-1919, estampe, gravure sur bois, 37 x 30,8 cm, MoMA, New York, États-Unis

Ernst Ludwig KIRCHNER (1880-1938), Straße, 1926, gravure sur bois, 52 × 32 cm, Coll. privée, Suisse

Max ERNST (1891-1976), Colombe, 1928, frottage de mine graphite sur papier, 30,8 x 22,9 cm, Cabinet d’art graphique, Centre Pompidou, Paris

Pablo PICASSO (1881-1973), Femme au collier, 1958, linogravure originale en trois couleurs sur papier Arches, 64 x 53 cm, Succession Picasso. La linogravure en réduction (linogravure perdue) est une technique permettant d’obtenir plusieurs couleurs sur une seule estampe à partir d’une seule plaque. Picasso grave une première couche, et l’imprime sur l’ensemble du tirage, puis grave une autre couche, et l’imprime à nouveau sur le même support, et l’artiste répète l’opération autant de fois que nécessaire.

H.A.P. GRIESHABER (1909-1981), Baumblüte, 1963, gravure sur bois, estampe six couleurs sur vélin, 75,5 x 64,5 cm, Coll. particulière

Pierre ALECHINSKY (1927), Vanité Citadine, 1987, huile sur toile (empreinte plaque d’égout), 95 x 190 cm, Coll. privée

Belkis AYÓN MANSO (1967-1999), Sin Título (Sikán, Nasakó y Espíritu Santo), 1993, collagraphie sur papier, 86,4 x 70,8 cm

Joan BARBARÀ (1927-2013), Posella, non daté, gravure et collage, 98,5 × 199,5 cm, édition B.A.T/9, Coll. privée

Kiki SMITH (1954), Come Away from Her, 2003, taille-douce et aquarelle appliquée à la main, feuille : 128 x 186,7 cm, Brooklyn Museum, New York

Le gyotaku, l’art de fixer l’empreinte d’un poisson
Cet art japonais ancestral repose sur l’impression de la trace d’un poisson sur du papier ou du textile. À l’origine, cette pratique a été développée par des pêcheurs désireux de conserver une preuve tangible de leurs prises et de les présenter à leurs pairs, à une époque où la photographie en était encore à ses débuts. Les plus anciens exemples connus remontent ainsi à l’ère Edo, vers 1862.
La méthode traditionnelle consiste à enduire le poisson d’encre de Chine, puis à appliquer délicatement un papier japonais sur sa surface. Le papier est ensuite frotté à la main avant d’être retiré, révélant l’empreinte détaillée du poisson.

Champ des questionnements plasticiens
Domaines de l’investigation et de la mise en œuvre des langages et des pratiques plastiques : outils, moyens, techniques, médiums, matériaux, notions au service d’une création à visée artistique
La représentation, ses langages, moyens plastiques et enjeux artistiques
- Dessiner pour créer, comprendre, communiquer
- Les différents statuts du dessin : outil d’observation, d’interprétation, de conception, de communication, langage artistique en soi…
- Les conceptions contemporaines du dessin : pluralité des modalités et pratiques, filiation et rupture, relations avec d’autres médiums, avec l’écriture…
- Représenter le monde, inventer des mondes
- La ressemblance et ses codes : relation au modèle, tirer parti de l’écart avec la réalité (potentiel plastique et sémantique), spécificités propres aux différentes pratiques (picturales, sculpturales, photographiques…)
Selon les projets conduits et la nature des pratiques des élèves, des liens peuvent être ponctuellement établis (comparaisons, correspondances, appropriations, porosité…) entre le dessin en arts plastiques et son rôle dans d’autres arts, sans exclure ses usages autres qu’artistiques (par exemple : dans les sciences, la géographie, les technologies…).

